Skip to content

Article 1382 du Code Civil (ancien) – Nouvel article 1240 : “Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer”.

L’article 1240 du Code civil – article 1382 jusqu’à la réforme du droit des obligations entrée en vigueur au 1er octobre 2016 – pose le principe de la responsabilité du fait personnel. « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer » : en d’autres termes, lorsque la faute d’une personne cause un préjudice à un tiers, le responsable doit indemniser la victime.

 

Responsabilité contractuelle, quasi-délictuelle et délictuelle : quelles différences ?

Le droit français distingue la responsabilité civile – qui vise à réparer un dommage causé à un individu – de la responsabilité pénale – qui sanctionne une infraction de nature à troubler l’ordre public, soit la société dans sa globalité. Au sein de la responsabilité civile, le Code civil prévoit l’application de régimes distincts, en fonction de la nature du fait à l’origine du dommage :

  • L’inexécution ou le retard dans l’exécution d’une obligation contractuelle engage la responsabilité civile contractuelle de son auteur. La responsabilité contractuelle est mise en jeu sur le fondement de l’article 1231-1 du Code civil – ancien article 1147 – dans le cadre de l’exécution d’un contrat : une partie au contrat a subi un préjudice du fait de l’inexécution d’une obligation contractuelle à la charge de son cocontractant. Ce dernier doit indemniser le préjudice. Par exemple : un transporteur s’engage à livrer un colis ; le colis n’arrive pas à destination ; le cocontractant qui a subi un dommage peut mettre en jeu la responsabilité civile contractuelle du transporteur pour obtenir des dommages et intérêts.
  • La faute involontaire met en jeu la responsabilité civile quasi-délictuelle. La responsabilité quasi-délictuelle se fonde sur l’article 1241, ancien article 1383 du Code civil. Son régime se rapproche de celui de la responsabilité civile délictuelle, à la différence près que la faute à l’origine du dommage est involontaire, causée par une négligence ou une imprudence de son auteur. Par exemple : le propriétaire d’une maison n’entretient pas les arbres de son jardin, l’un d’eux tombe sur la maison voisine. Le défaut d’entretien constitue un quasi-délit sanctionné sur le fondement de la responsabilité civile quasi-délictuelle.
  • La faute volontaire engage la responsabilité civile délictuelle de son auteur.
À noter : les responsabilités civiles délictuelle et quasi-délictuelle des articles 1240 et 1241 du Code civil sont des responsabilités du fait personnel. Le droit français prévoit également la responsabilité du fait d’autrui et la responsabilité du fait des choses.

 

Les conditions de mise en œuvre de la responsabilité civile délictuelle.

Lorsqu’une personne estime avoir subi un préjudice, elle peut invoquer la responsabilité civile délictuelle de l’article 1240 du Code civil. La mise en œuvre de ce régime de responsabilité suppose l’existence de 3 conditions cumulatives : un fait générateur, un dommage et un lien de causalité entre les deux.

Un fait générateur : comment prouver la faute de l’auteur du dommage ?

Pour bénéficier du régime d’indemnisation prévu à l’article 1240 du Code civil, la victime doit pouvoir rapporter la preuve d’une faute d’un tiers.

À noter : si le dommage est causé par une chose – le poteau d’une barrière par exemple – la victime se fonde sur la responsabilité du fait des choses. Si le dommage est causé par une personne qui ne peut être considérée comme responsable aux yeux de la loi – un enfant par exemple – la victime se fonde sur la responsabilité du fait d’autrui pour se retourner contre la personne responsable de l’auteur du dommage.

La faute est un « fait quelconque de l’homme » : il peut s’agir d’une action ou d’une abstention. Il n’existe pas de définition légale de la faute : le fait générateur du dommage est apprécié au cas par cas par les juges, qui se fondent sur la notion d’écart de conduite, de violation d’une règle ou d’abus de droit.

Exemples de fautes civiles :

  • Le fait de rompre des pourparlers dans le cadre d’une négociation contractuelle peut constituer un abus de droit fautif, ouvrant droit à indemnisation sur le fondement de l’article 1240 du Code civil.
  • Le fait pour un alpiniste d’entraîner un autre grimpeur dans sa chute peut constituer une erreur de conduite fautive, ouvrant droit à réparation du préjudice de la victime sur le fondement de la responsabilité civile délictuelle.
À noter : la mise en œuvre de la responsabilité du fait personnel ne dépend pas du caractère intentionnel ou non-intentionnel de la faute.

Un dommage : quels préjudices peuvent être indemnisés ?

Ouvrent droit à réparation les préjudices suivants :

  • Un dommage corporel, c’est-à-dire une atteinte à l’intégrité physique de la victime. Par exemple : un équipement d’électroménager explose et fait perdre la vue à son utilisateur. Ce dernier peut demander à être indemnisé du fait de sa cécité.
  • Un dommage matériel, c’est-à-dire la destruction d’un bien. Par exemple : un arbre tombe sur le toit d’une voiture. Le propriétaire de la voiture peut demander des dommages et intérêts couvrant le montant des réparations.
  • Un dommage moral, c’est-à-dire une atteinte à l’honneur ou à un sentiment. Par exemple : une moto renverse et tue un chien. Son propriétaire peut demander réparation de son préjudice moral sur le fondement de sa tristesse.
  • Le dommage par ricochet. Par exemple : une mère de famille a un accident, elle ne peut plus travailler. Son mari qu’elle entretenait sur le plan économique est une victime par ricochet.
  • La perte de chance. Par exemple : un étudiant se fait renverser alors qu’il se rend à un examen important. Si la perte de chance d’obtenir son examen est considérée comme réelle et sérieuse, l’étudiant peut obtenir des dommages et intérêts sur ce fondement.
À noter : ne constitue pas un préjudice réparable le dommage futur, à moins qu’il soit certain.

Un lien de causalité entre le fait générateur et le dommage.

Pour être indemnisé sur le fondement de l’article 1240 – anciennement 1382 – du Code civil, la victime doit prouver que c’est bien la faute qui a causé son préjudice.

 

Comment obtenir réparation de son préjudice sur le fondement de l’article 1382 (nouveau 1240) du Code civil ?

Pour obtenir réparation de son préjudice, la victime peut opter pour la voie amiable ou la voie judiciaire.

  • La transaction amiable consiste pour la victime et l’auteur du dommage à se mettre d’accord entre eux, avec ou sans l’assistance d’un avocat, sur les modalités de réparation du préjudice. L’accord est conclu par écrit et a valeur de contrat. Autres modes de règlements amiables similaires, la conciliation fait intervenir un conciliateur de justice et la médiation implique le recours à un médiateur.
  • En cas de refus ou d’échec de la procédure amiable, la victime peut saisir le tribunal civil compétent. Le juge condamne l’auteur du dommage à verser à la victime des dommages et intérêts à hauteur de son préjudice.

 

Comment s’exonérer de sa responsabilité civile délictuelle ?

Pour s’exonérer de sa responsabilité civile délictuelle sur le fondement de l’article 1240 du Code civil, l’auteur du dommage doit prouver l’existence d’un cas de force majeure. La force majeure en tant que cause d’exonération est un événement imprévisible et irrésistible. Il peut s’agir d’un événement mais aussi du fait d’un tiers.

Par exemple : une coulée de boue provoque l’effondrement d’un mur qui blesse un passant. Le propriétaire du mur ne pouvait ni prévoir ni remédier à l’effondrement du mur, qui constitue un cas de force majeure l’exonérant de sa responsabilité civile délictuelle. A contrario, une tempête prévue ne constitue pas un cas de force majeure.

Autre cause d’exonération de la responsabilité civile délictuelle de l’auteur du préjudice : le fait de la victime. Le fait de la victime permet de s’exonérer totalement s’il présente les caractères d’imprévisibilité et d’irrésistibilité de la force majeure. A défaut, il permet une exonération seulement partielle.Modèle de bail commercial

Samuel est co-fondateur de LegalPlace et responsable du contenu éditorial. L’ambition est de rendre accessible le savoir-faire juridique au plus grand nombre grâce à un contenu simple et de qualité. Samuel est diplômé de Supelec et de HEC Paris

Dernière mise à jour le 15/06/2021

76 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien
Commentaires en ligne
Afficher toutes les questions

Bonjour.
Je viens d’acheter une maison.
Je découvre que mon terrain subit un éboulement dû au décaissement du terrain du dessous qui n’a pas fait de mur de soutènement.
Qui est responsable, le premier propriétaire qui a commencé le décaissement ou l’actuel qui aussi fait des travaux.

Bonjour, La responsabilité liée aux troubles anormaux du voisinage et à l’effondrement des terres est attachée à la garde du fonds. En droit français, le propriétaire actuel d’un terrain est généralement tenu responsable des dommages causés aux propriétés voisines par les modifications apportées à son sol, même si les travaux de décaissement ont été entamés par un précédent propriétaire. La détermination exacte des responsabilités dépendra de l’antériorité des travaux et de la nature des interventions réalisées par chaque propriétaire successif sur la configuration du terrain. Nous vous invitons à prendre contact avec un avocat spécialisé, qui saura vous renseigner davantage.… Lire la suite »

Bonjour. Mon ex mari vient de m’annoncer 3 jours avant son droit de visite et d’hébergement qu’il ne pouvait pas prendre nos 3 enfants pour sa semaine de vacances scolaires à cause d’une hospitalisation. J’ai du poser en urgence 3 congés payés à mon travail et réserver 2 jours de centre de loisirs pour nos enfants afin de les garder avec moi. Puos je demander qu’il paye la facture du centre de loisirs ainsi qu’un dédommagement pour les 3 jours de CP non prévu et que je n’avais pas envie de prendre avant les vacances d’été avec mes enfants. Merci… Lire la suite »

Bonjour, Le droit de visite et d’hébergement constitue généralement une faculté pour le parent bénéficiaire et non une obligation dont l’inexécution serait sanctionnée par le remboursement des frais de garde engagés par l’autre parent. En principe, les frais liés aux enfants durant la période où ils auraient dû être chez leur père restent à la charge du parent qui en assure la garde effective, sauf si une clause spécifique de la convention de divorce ou du jugement prévoit une modalité différente. Nous vous invitons à prendre contact avec un avocat spécialisé, qui saura vous renseigner davantage. En espérant que notre… Lire la suite »

mon fils s est fait volé sa trottinette électrique dans l enceinte de l établissement.
Le responsable vie scolaire a reconnu par ecrit un manquement dans la secutité. Sur quel article du code civile puis je m appuyer ?

Bonjour,

En principe, la responsabilité de l’établissement peut être engagée sur le fondement de l’article 1240 du Code civil, relatif à la responsabilité pour faute, si un manquement à l’obligation de sécurité est établi. L’aveu écrit d’un responsable sur une défaillance peut constituer un élément de preuve d’une faute ayant permis le vol.

En espérant que notre réponse vous sera utile, nous vous souhaitons une belle journée.
L’équipe LegalPlace.

Bonjour Mon fils a eu un accident de moto devant une propriété. Nous recevons 2mois plus tard une lettre pour une convocation par un expert en assurance du propriétaire de la maison devant laquelle il a eu l’accident.celui ci réclame une.prise en charge de frais de réparation de clôture d’un montant supérieur a 900 €. La moto n’a pas tapé dans la clôture. Aucun constat n’as été fait au moment de l’accident. Le propriétaire n’a jamais essayé de.nous contacter ou contacter notre assurance. Quels sont nos droits ? Aucune preuves de son côté ni du notre. C’est chacun notre parole… Lire la suite »

Bonjour, En cas de désaccord sur la responsabilité d’un accident et de dommages, l’absence de constat ou de preuve matérielle rend la situation difficile à établir. Les demandes de réparation doivent normalement être justifiées par des éléments précis (constat, photos, témoignages, devis). Dans ce type de situation, c’est souvent la parole des parties qui prévaut, mais les assurances peuvent intervenir pour déterminer la responsabilité et la prise en charge. Toute réclamation doit respecter les délais légaux et permettre à chaque partie de présenter ses éléments.  En espérant que notre réponse vous sera utile, nous vous souhaitons une belle journée. L’équipe… Lire la suite »

Merci pour votre reponse. Il est donc préférable de se rendre à la convocation de l’expert pour dire que l’on est pas d’accord a part prouvé que l’accident ai eu lieu devant son domicile rien ne prouve que la moto ai occasionné des dégâts sur la clôture. Et est ce que je peux refuser de signer les.conclusions de.l’expert si elle ne me.conviennent pas ?

Bonjour, Dans ce type de situation, il est fréquent que l’expert convoque les parties afin de constater les faits et recueillir leurs déclarations. Chaque partie peut exposer son point de vue et fournir les éléments qu’elle juge pertinents. Il est également possible de ne pas être d’accord avec les conclusions de l’expert : celles-ci sont généralement transmises aux assurances et peuvent être contestées dans le cadre de la procédure de règlement des litiges, notamment si elles ne reflètent pas l’ensemble des éléments ou si des preuves supplémentaires sont apportées. En espérant que notre réponse vous sera utile, nous vous souhaitons… Lire la suite »

Bonjour, La RH m’a appelé pour m’informer qu’il y avait eu une erreur concernant ma cotisation mutuelle (qui passe par mon employeur – fonction publique). Depuis 2023, ils n’ont pas pris en compte le fait que mes enfants avaient quitté le foyer et ont effectué des remboursements de cotisation trop importants. De ce fait, ils me réclament plus de 2000€ et je n’aurais la possibilité de rembourser qu’en 10 fois chaque mois. Ont-ils le droit de me réclamer cette somme sachant que l’erreur vient de leur part, puisqu’ils n’ont pas vérifié ma situation familiale ? Et peuvent ils m’imposer un… Lire la suite »

Bonjour,

En principe, si vous avez informé votre employeur du départ de vos enfants, ou si vous pouviez légitimement croire que le remboursement était correct, vous pouvez demander un abandon partiel ou total de la créance. Dans votre situation, nous vous invitons à vous rendre dans une permanence juridique proche de chez vous afin d’obtenir une aide gratuite dans vos démarches juridiques et administratives.

En vous souhaitant une agréable journée.

L’équipe LegalPlace

Merci beaucoup pour votre éclairage.

Bonjour,
Avec ma grand mère, nous avons loué un Airbnb et la porte coulissante de la douche ne tenait pas fermé. En sortant de la douche comme il y avait de l’eau sur le carrelage, ma grand mère a glissé et c’est fracturé le poignet ainsi qu’une vertèbre.
Le propriétaire refuse de faire fonctionner sa responsabilité civile et Airbnb dit ne rien pouvoir faire dans ce sens.
Que puis je faire ?

Bonjour, En principe, le loueur est tenu de garantir un logement en bon état d’usage et de réparation, y compris en matière de sécurité, conformément à l’article 1721 du Code civil. Une douche défectueuse pouvant entraîner une chute engage sa responsabilité contractuelle. En cas de blessure, une action en responsabilité civile délictuelle (article 1240 du Code civil) peut également être engagée si une faute est prouvée. Le refus du loueur de déclarer le sinistre à son assureur ne fait pas obstacle à une demande d’indemnisation devant le tribunal compétent, avec preuves médicales et photographiques. En espérant que notre réponse vous… Lire la suite »

Bonsoir
Il y a trois ans j ai été victime de vandalisme chez moi , une partie a été prise en charge par mon assurance,l autre partie a été indemnisé par le coupable suite au jugement du tribunal.
Cette personne me contacte en me réclamant l’ argent qu il m avait indemnisé car je n’ ai pas fait faire tous les travaux et me menace d aller au tribunal , a t elle le droit ?

Bonjour, Lorsqu’un tribunal condamne une personne à indemniser une victime, la somme versée l’est en réparation d’un préjudice évalué au moment du jugement. Il s’agit d’une dette de réparation, non conditionnée à l’exécution effective des travaux ou à l’usage ultérieur de l’indemnité. Le fait que la victime n’ait pas réalisé tous les travaux ne permet pas au condamné de réclamer un remboursement, sauf fraude avérée ou élément nouveau démontrant une absence réelle de préjudice, ce qui relève de l’appréciation du juge. En l’état, une telle demande est en principe juridiquement infondée. En espérant que notre réponse vous sera utile, nous… Lire la suite »

Bonjour, discussion toujour active?

Bonjour,

La discussion est toujours active.

Nous sommes à votre disposition pour répondre à toute autre question juridique que vous pourriez avoir.

En espérant que notre réponse vous sera utile, nous vous souhaitons une belle journée.

L’équipe LegalPlace.

Rédigé par

Samuel est co-fondateur de LegalPlace et responsable du contenu éditorial. L'ambition est de rendre accessible le savoir-faire juridique au plus grand nombre grâce à un contenu simple et de qualité. Samuel est diplômé de Supelec et de HEC Paris