Comment devenir luthier et lancer son activité ?
Dernière mise à jour le 11/08/2026
- Le luthier fabrique, répare et restaure les instruments à cordes comme le violon, la guitare ou le violoncelle. C’est une activité artisanale.
- Aucun diplôme n’est obligatoire sur le plan légal pour devenir luthier, mais une formation reste nécessaire en pratique pour maîtriser le métier qui implique un véritable savoir-faire.
- La micro-entreprise, l’entreprise individuelle, l’EURL et la SASU sont les statuts les plus adaptés pour un luthier selon son projet.
- LegalPlace peut réaliser les formalités de création de votre entreprise de lutherie à votre place.
Vous êtes passionné par la musique et le travail du bois, et vous rêvez d’en faire votre métier. Devenir luthier attire de plus en plus de personnes en reconversion comme de jeunes diplômés. Mais entre la formation, le choix du statut juridique et les démarches d’installation, le chemin peut sembler flou. Combien de temps faut-il se former ? Faut-il un diplôme ? Quel statut choisir pour ouvrir son atelier, et combien cela coûte-t-il ? Voici les réponses concrètes pour transformer votre passion en activité professionnelle sereine.
Qu’est-ce que le métier de luthier ?
Le luthier fabrique, répare et restaure les instruments de musique à cordes. C’est un artisan du bois et du son, dont le domaine couvre le violon, l’alto, le violoncelle, la contrebasse, mais aussi la guitare, la mandoline ou le luth dont le métier tire son nom. Certains luthiers se spécialisent dans la fabrication, d’autres dans la réparation et le réglage d’instruments existants.
Le métier de luthier mêle savoir-faire manuel, connaissance des bois et sensibilité musicale. Le luthier choisit ses essences de bois, taille chaque pièce, assemble l’instrument, puis l’ajuste jusqu’à obtenir la sonorité recherchée. Il travaille souvent seul, dans son propre atelier, en relation directe avec des musiciens amateurs comme professionnels.
Que fait un luthier au quotidien ?
Le quotidien d’un luthier varie selon sa spécialité, mais il tourne autour de plusieurs missions concrètes :
- Fabriquer des instruments à cordes à partir de bois bruts sélectionnés ;
- Réparer les instruments abîmés, comme une table fêlée ou un manche cassé ;
- Restaurer des instruments anciens ou de valeur en respectant leurs caractéristiques d’origine ;
- Régler et entretenir les instruments pour optimiser leur jeu et leur son ;
- Conseiller et accompagner les musiciens dans le choix ou l’entretien de leur instrument.
Quelle formation pour devenir luthier ?
La formation est le vrai passage obligé pour devenir luthier, bien plus que le diplôme sur le plan juridique. Devenir luthier suppose d’acquérir des gestes techniques précis qui ne s’improvisent pas. La plupart des professionnels passent par une école spécialisée avant de s’installer ou de travailler plusieurs années aux côtés d’un luthier confirmé.
Est-il obligatoire d’avoir un diplôme pour devenir luthier ?
Non, aucun diplôme n’est légalement exigé pour exercer comme luthier. Le décret du 2 avril 1998 fixe la liste des activités artisanales soumises à une qualification professionnelle obligatoire, comme la coiffure ou les métiers du bâtiment. La lutherie n’y figure pas. Vous pouvez donc vous déclarer luthier sans CAP ni titre équivalent.
L’absence d’obligation de diplôme a toutefois une limite pratique. Sans formation solide, il est très difficile de produire des instruments de qualité et de gagner la confiance des musiciens. La lutherie est un métier d’expertise où la réputation se construit sur le savoir-faire.
Les diplômes de la lutherie (CAP, BMA, DMA/DNMADE)
Plusieurs cursus permettent d’apprendre le métier de luthier en France :
- Le CAP Assistant technique en instruments de musique, premier niveau de formation professionnelle ;
- Le BMA (brevet des métiers d’art) qui approfondit les techniques de fabrication et de réparation ;
- Le DNMADE (diplôme national des métiers d’art et du design), de niveau bac +3, qui a remplacé le DMA ;
- Les écoles spécialisées, dont la célèbre école nationale de lutherie de Mirecourt, dans les Vosges.
Ces formations durent de deux à cinq ans selon le niveau visé. Elles alternent souvent apprentissage en atelier et enseignement théorique sur l’acoustique et les matériaux.
Quel statut juridique choisir pour devenir luthier ?
Le choix du statut détermine votre responsabilité, votre régime social, votre fiscalité et vos obligations comptables. Un luthier qui débute seul avec un petit atelier n’a pas les mêmes besoins qu’un professionnel qui vise un chiffre d’affaires élevé. Prendre le temps de comparer les options évite de mauvaises surprises. Un comparatif des statuts juridiques complet peut vous aider à affiner votre décision.
Julien, 32 ans, quitte un poste de menuisier pour ouvrir un atelier de fabrication de guitares. Au démarrage, il prévoit un chiffre d’affaires modeste et veut limiter ses charges. Il choisit la micro-entreprise pour tester son activité sans lourdeur administrative. Deux ans plus tard, ses ventes progressent et il envisage de passer en société pour protéger son patrimoine et récupérer la TVA sur ses achats de bois.
| Critère | Micro-entreprise | Entreprise individuelle au réel | EURL | SASU |
|---|---|---|---|---|
| Responsabilité | Limitée au patrimoine pro | Limitée au patrimoine pro | Limitée aux apports | Limitée aux apports |
| Régime social du dirigeant | Travailleur non salarié | Travailleur non salarié | Travailleur non salarié | Assimilé salarié |
| Fiscalité des bénéfices | Impôt sur le revenu | Impôt sur le revenu (option IS) | Impôt sur le revenu (option IS) | Impôt sur les sociétés (option IR) |
| Plafond de chiffre d’affaires | 203 100 € vente / 83 600 € services | Aucun | Aucun | Aucun |
| Idéal pour | Démarrer et tester | Activité en nom propre au réel | Entreprendre seul en société | Se verser des dividendes |
La micro-entreprise
La micro-entreprise est le statut le plus simple pour se lancer comme luthier. Les formalités sont rapides et la comptabilité allégée. Vous déclarez votre chiffre d’affaires chaque mois ou chaque trimestre, et vous payez vos cotisations sur ce montant. Pour un artisan comme le luthier, les cotisations sociales s’élèvent à 12,3 % du chiffre d’affaires pour la vente d’instruments fabriqués et à 21,2 % pour les prestations de réparation.
La micro-entreprise impose des plafonds. Pour la période 2026-2028, votre chiffre d’affaires ne doit pas dépasser 203 100 € pour la vente et 83 600 € pour les prestations de services. L’article 50-0 du Code général des impôts fixe ces seuils. Côté impôt, un abattement forfaitaire s’applique avant calcul, et vous pouvez opter pour le versement libératoire sous conditions de revenus.
L’entreprise individuelle au réel
L’entreprise individuelle au régime réel convient au luthier qui dépasse les plafonds de la micro-entreprise ou qui a des charges importantes à déduire, comme l’achat de bois précieux ou d’outillage. La loi du 14 février 2022 a créé un statut unique de l’entrepreneur individuel qui protège automatiquement le patrimoine personnel. Vos biens privés sont séparés de ceux de l’activité, sauf exceptions.
En entreprise individuelle, vous êtes travailleur non salarié, avec des cotisations calculées sur votre bénéfice réel, autour de 45 % du revenu net. Vos bénéfices sont soumis à l’impôt sur le revenu, avec une option possible pour l’impôt sur les sociétés.
L’EURL
L’EURL est une société à associé unique adaptée au luthier qui veut entreprendre seul dans un cadre plus solide. Elle crée une personne morale distincte, ce qui limite votre responsabilité au montant de vos apports. C’est une bonne option pour donner de la structure à votre atelier ou préparer l’arrivée future d’associés.
En tant que gérant associé unique d’EURL, vous relevez du régime des travailleurs non salariés. Les bénéfices sont imposés par défaut à l’impôt sur le revenu, avec une option pour l’impôt sur les sociétés. Ce statut demande une comptabilité plus complète que la micro-entreprise.
La SASU
La SASU séduit les luthiers qui veulent se verser des dividendes ou bénéficier d’une meilleure protection sociale. Le président de SASU est assimilé salarié. Il cotise au régime général, avec des charges élevées d’environ 80 % de la rémunération nette, mais une couverture proche de celle d’un salarié, hors assurance chômage.
La SASU est soumise à l’impôt sur les sociétés, dont le taux normal est de 25 %. Un taux réduit de 15 % s’applique jusqu’à 42 500 € de bénéfices pour les sociétés qui y sont éligibles.
Quelles démarches pour créer son entreprise de lutherie ?
Créer votre entreprise de lutherie suit un parcours en plusieurs étapes, une fois votre statut juridique choisi. En voici le déroulé :
- Rédiger un business plan pour chiffrer votre investissement et vos revenus attendus ;
- Trouver et aménager un local professionnel adapté au travail du bois ;
- Déposer le dossier d’immatriculation sur le guichet unique de l’INPI ;
- Souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle avant de recevoir vos premiers clients.
Rédiger un business plan pour votre atelier
Le business plan de votre atelier de lutherie chiffre votre projet et rassure vos partenaires financiers. Vous y détaillez votre investissement de départ, vos prévisions de chiffre d’affaires, votre clientèle cible et votre stratégie pour la toucher. Ce document est indispensable si vous sollicitez un prêt bancaire ou une aide à la création. Il vous aide aussi à mesurer la viabilité de votre activité avant de vous lancer. Un business plan solide distingue vos deux sources de revenus possibles, la vente d’instruments et la réparation, qui n’ont pas la même rentabilité.
Trouver et aménager un local professionnel
Le local d’un luthier doit être adapté au travail du bois et à la réception des musiciens. Vous avez besoin d’un espace pour votre établi, le stockage des bois et l’exposition des instruments. L’hygrométrie et la température comptent beaucoup, car le bois se déforme dans un air trop humide ou trop sec. Certains luthiers démarrent à domicile pour limiter les frais, puis louent un atelier une fois l’activité lancée. Vérifiez au préalable que le règlement de copropriété ou le bail autorise une activité artisanale à cette adresse.
L’immatriculation au guichet unique de l’INPI
Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités de création passent par le guichet unique de l’INPI. Vous pouvez réaliser les formalités de création de votre entreprise vous-même ou les confier à un professionnel.
Si vous souhaitez créer une entreprise individuelle, y compris une micro-entreprise, vous devez vous enregistrer sur le guichet unique en renseignant le formulaire dédié.
Si vous souhaitez créer une société, c’est-à-dire une SASU ou une EURL, vous devez suivre plusieurs étapes pour immatriculer votre entreprise, à savoir :
- Rédiger les statuts ;
- Déposer le capital social auprès d’une personne habilitée (banque ou notaire) ;
- Publier un avis de création dans un support d’annonces légales ;
- Déposer le dossier d’immatriculation en ligne sur le guichet unique.
Les assurances et obligations à prévoir
Plusieurs obligations encadrent l’activité de luthier, au-delà de l’immatriculation :
- Souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle pour couvrir les dommages causés à un instrument confié ou à un tiers ;
- Assurer votre local et votre matériel contre les risques d’incendie, de vol ou de dégât des eaux ;
- Respecter la réglementation CITES sur les bois protégés lorsque vous en utilisez ;
- Tenir une comptabilité conforme à votre statut juridique.
La réglementation des bois protégés (CITES) applicable au luthier
La lutherie utilise des bois précieux comme le palissandre, l’ébène ou, pour les instruments anciens, l’ivoire et l’écaille. Beaucoup de ces matières sont protégées par la convention CITES, un accord international qui encadre le commerce des espèces menacées. Cette réglementation concerne directement les luthiers qui achètent, vendent ou transportent leurs instruments à l’étranger.
Depuis la conférence CITES de 2022, la plupart des palissandres du genre Dalbergia sont exemptés de formalités pour les instruments finis. Mais l’import et l’export de certaines essences, et surtout des matières comme l’ivoire, restent soumis à des permis spécifiques. Un luthier doit pouvoir prouver l’origine légale de ses bois.
Quel budget pour s’installer comme luthier ?
Installer un atelier de lutherie demande un investissement de départ variable selon que vous partez de zéro ou reprenez un fonds existant. L’outillage spécialisé et le stock de bois représentent les postes les plus lourds. Un bois de qualité pour un violon se compte parfois en centaines d’euros, et les outils de précision s’accumulent vite.
Voici une estimation des principaux postes de dépenses au démarrage d’un atelier de lutherie :
| Poste de dépense | Fourchette de coût |
|---|---|
| Outillage de précision (rabots, gouges, serre-joints) | 2 000 à 6 000 € |
| Stock de bois initial | 1 500 à 5 000 € |
| Aménagement du local et établi | 2 000 à 8 000 € |
| Formalités de création | 0 à 250 € selon le statut |
| Assurance responsabilité civile professionnelle | 150 à 500 € par an |
Ces montants d’installation restent indicatifs. Un luthier réparateur qui démarre à domicile investira bien moins qu’un fabricant installé dans un local dédié. Le business plan sert justement à ajuster ce budget à votre projet réel.
Devenir luthier repose d’abord sur une formation solide, car aucun diplôme n’est légalement imposé mais le savoir-faire fait tout dans ce métier d’art. Le choix du statut juridique dépend de votre chiffre d’affaires et de vos ambitions, de la micro-entreprise pour tester jusqu’à la SASU pour une structure plus aboutie. Les démarches passent par le guichet unique de l’INPI, sans oublier la réglementation CITES sur les bois protégés et le budget d’installation à anticiper. LegalPlace peut prendre en charge les formalités de création pour vous permettre de vous concentrer sur votre atelier.
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Dernière mise à jour le 11/08/2026
FAQ
Faut-il un diplôme pour devenir luthier ?
Non, aucun diplôme n’est obligatoire pour s’installer comme luthier, car ce métier ne figure pas dans la liste des activités artisanales soumises à qualification. En pratique, une formation comme le CAP, le DNMADE ou une école spécialisée reste indispensable pour maîtriser le métier et gagner la confiance des musiciens.
Peut-on devenir luthier en auto-entrepreneur ?
Oui, la micro-entreprise est un statut adapté pour débuter comme luthier. Elle offre des formalités simples et une comptabilité allégée. Vous restez dans ce régime tant que votre chiffre d’affaires ne dépasse pas 203 100 € pour la vente et 83 600 € pour les prestations de réparation.
Quel est le salaire d'un luthier ?
La rémunération d’un luthier varie fortement selon son expérience, sa spécialité et sa réputation. Un luthier débutant gagne souvent autour du SMIC, tandis qu’un professionnel reconnu peut dégager des revenus bien plus élevés grâce à la vente d’instruments haut de gamme et à une clientèle fidèle.
Combien de temps dure la formation de luthier ?
La durée de la formation de luthier dépend du cursus choisi. Un CAP se prépare en deux ans, tandis qu’un DNMADE demande trois ans après le bac. En comptant l’apprentissage aux côtés d’un professionnel, il faut souvent cinq ans ou plus pour être pleinement autonome.
Le métier de luthier est-il une activité artisanale ?
Oui, la lutherie est une activité artisanale. L’entreprise du luthier est donc rattachée au secteur de l’artisanat et inscrite au registre national des entreprises lors de son immatriculation sur le guichet unique de l’INPI.
Quel statut juridique est le plus adapté pour un luthier ?
Le statut le plus adapté pour un luthier dépend de son projet. La micro-entreprise convient pour tester l’activité avec peu de charges. L’entreprise individuelle au réel, l’EURL ou la SASU deviennent intéressantes quand le chiffre d’affaires augmente ou pour protéger son patrimoine et optimiser sa rémunération.
Comment se déclarer luthier auprès de l'administration ?
Pour se déclarer luthier, vous devez déposer un dossier d’immatriculation sur le guichet unique de l’INPI, seul point d’entrée depuis 2023. Vous y renseignez votre activité, votre statut juridique et les pièces justificatives demandées. Vous recevez ensuite votre numéro SIRET.
Peut-on devenir luthier sans formation en reconversion ?
Devenir luthier sans formation n’est pas interdit sur le plan légal, mais c’est risqué. La lutherie exige des gestes techniques précis qui s’acquièrent par l’apprentissage. En reconversion, mieux vaut suivre une formation courte ou un stage auprès d’un luthier avant de se lancer à son compte.
Sources de l'article
- Décret n° 98-246 du 2 avril 1998
- Article 50-0 du Code général des impôts
- Loi n° 2022-172 du 14 février 2022
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