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SARL, SAS, micro-entreprise… Ces statuts sont souvent les premiers cités lors de la création d’entreprise. Pourtant, ils sont loin d’être les seuls. Il existe en France de nombreuses autres formes juridiques, adaptées à des situations professionnelles particulières : activités civiles, professions libérales réglementées, freelances souhaitant conserver une protection sociale, ou encore porteurs de projets collectifs.

Qu’entend-on par « autres statuts juridiques » ?

Le terme statut juridique entreprise désigne la forme légale choisie pour exercer une activité professionnelle. Il détermine des règles essentielles : responsabilité des dirigeants, régime fiscal, protection sociale, gouvernance, transmission du patrimoine.

Ces alternatives répondent à des besoins spécifiques : protéger un patrimoine immobilier, exercer en libéral dans un cadre réglementé, mutualiser des moyens entre professionnels, ou tester une activité sans créer de société.

Les grandes catégories de statuts juridiques

  • Les entreprises individuelles : micro-entreprise, EI. Le patrimoine professionnel et personnel séparés depuis la réforme de 2022.
  • Les sociétés commerciales : SAS, SARL, SA (connues) ; SNC, SCA, SCS (moins courantes).
  • Les sociétés civiles (réservées aux activités non commerciales) : SCI, SCP, SCM ;
  • Les statuts spécifiques : SEL, portage salarial, coopératives…

Différences entre société de personnes et société de capitaux

Critère Société de personnes Société de capitaux
Logique dominante L’identité des associés prime (intuitu personae) Les apports financiers priment
Responsabilité Souvent illimitée et solidaire sur le patrimoine personnel Limitée aux apports
Cession de parts Soumise à l’accord de tous les associés Libre ou encadrée par les statuts
Fiscalité par défaut IR – imposition directe des associés IS – imposition au niveau de la société
Exemples SNC, SCS, SCI SAS, SA, SARL, SCA
Profil type Associés en confiance, activité à taille humaine Croissance, investisseurs, transmission

Les sociétés commerciales moins connues

Les sociétés commerciales ont pour objet l’exercice d’activités commerciales, industrielles ou artisanales. Parmi elles, plusieurs formes restent peu utilisées mais peuvent être très pertinentes dans certains contextes.

La société en nom collectif (SNC)

La SNC est la forme de société de personnes la plus emblématique du droit français. Elle est généralement sollicitée par la grande distribution, commerces familiaux, et donc des structures où la confiance entre associés est totale. Elle repose sur un principe fondamental : les associés se font mutuellement confiance et s’engagent solidairement. Chaque associé est donc responsable indéfiniment et solidairement des dettes sociales sur son patrimoine personnel. C’est la contrepartie d’une structure sans capital minimum.

Une SNC est gérée par un ou plusieurs gérants. Les décisions importantes requièrent l’unanimité et toute cession de parts nécessite l’accord de tous les associés.

En terme de fiscalité, l’IR s’applique par défaut (mais l’option pour l’IS reste possible). Et concernant le capital : aucun minimum légal n’est exigé, ce qui est un avantage considérable.

Parmi les avantages à créer une SNC, on retrouve sa fiscalité transparente, la grande souplesse statutaire et la crédibilité qu’offre la forme juridique auprès des fournisseurs.

L’inconvénient majeur reste la responsabilité illimitée des associés sur leur patrimoine personnel. L’unanimité obligatoire pour céder des parts est également peu attractive pour des investisseurs extérieurs et démontre un risque élevé en cas de difficultés financières.

Autres formes de sociétés commerciales

Il existe également des sociétés commerciales appelées sociétés en commandite, qui combinent deux types d’associés :

  • les commandités, généralement gestionnaires, responsables indéfiniment ;
  • les commanditaires, généralement des investisseurs dont la responsabilité est limitée à leurs apports.

On distingue notamment :

Ces structures sont plus rares mais peuvent être utilisées dans certaines organisations complexes.

Bon à savoir : La société en commandite par actions (SCA) fonctionne sur le même principe que la SCS avec des actions librement négociables pour les commanditaires. Très peu utilisée, elle permet de dissocier contrôle et capital.

Les sociétés civiles

Définition d’une société civile

Une société civile est une société dont l’objet est, par nature, non commercial. Elle est régie par les articles 1845 et suivants du Code civil et ne peut pas exercer des actes de commerce à titre habituel.

Les associés sont responsables des dettes sociales indéfiniment, mais de façon conjointe (et non solidaire) — proportionnellement à leurs parts. Les créanciers doivent préalablement mettre la société en demeure avant de se retourner contre eux.

Les principaux types de sociétés civiles

La SCI (société civile immobilière) est la forme la plus répandue. Elle permet de détenir et gérer un ou plusieurs biens immobiliers en commun, de faciliter la transmission du patrimoine (donation de parts) et d’organiser la gestion entre héritiers. L’IR est applicable par défaut, mais l’option pour l’IS est possible.

La SCP (société civile professionnelle) est réservée à certaines professions libérales réglementées (notaires, avocats, médecins…). Les associés exercent en commun tout en conservant leur responsabilité personnelle pour leurs propres actes. Ils sont imposés à l’IR dans la catégorie des BNC.

La SCM (société civile de moyens) permet uniquement la mise en commun de moyens (locaux, secrétariat, matériel). Les professionnels gardent leur indépendance totale. La SCM ne réalise pas de bénéfices : elle refacture les charges à ses membres.

Voici un tableau récapitulatif des principales différences entre sociétés civiles

Type Objet Profil type Fiscalité
SCI Détenir et gérer un patrimoine immobilier Familles, investisseurs IR (option IS)
SCP Exercice commun d’une profession libérale réglementée Notaires, médecins, avocats… IR (BNC)
SCM Mise en commun de moyens uniquement Libéraux partageant des locaux Pas de bénéfices

Les sociétés d’exercice libéral (SEL)

Définition

La société d’exercice libéral est une forme juridique spécifiquement conçue pour les professions libérales réglementées souhaitant exercer en société tout en respectant les contraintes déontologiques de leur ordre. Créée par la loi du 31 décembre 1990, elle a été profondément réformée par l’ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, entrée en vigueur le 1er septembre 2024.

Bon à savoir : depuis le 1er septembre 2024, les professions juridiques et judiciaires (avocats, notaires, commissaires de justice…) ne peuvent plus exercer sous forme de SARL ou SAS de droit commun. La SEL est obligatoire. Les structures existantes devaient se mettre en conformité avant le 31 août 2025.

Les différentes formes de SEL

Il existe 4 formes de SEL :

  • SELARL (SEL à responsabilité limitée) : la plus répandue, calquée sur la SARL. Le gérant majoritaire a le statut de TNS. Existe aussi en version unipersonnelle : la SELURL.
  • SELAS (SEL par actions simplifiée) : grande liberté statutaire. Peut émettre des actions à droit de vote double depuis 2024 (hors santé). Convient principalement aux structures en croissance.
  • SELAFA (SEL à forme anonyme) : calquée sur la SA. Adaptée aux très grandes structures libérales. Gouvernance plus lourde. Peu utilisée en pratique.
  • SELCA (SEL en commandite par actions) : distingue les commandités (contrôle, responsabilité illimitée) des commanditaires (investisseurs). Elle n’est utilisée que dans certains domaines très spécialisé.

Pourquoi choisir une SEL ?

Les principaux avantages de la SEL sont au nombre de 4 :

  • Responsabilité limitée aux apports pour les actes de gestion ;
  • Souplesse d’organisation : séparation des fonctions techniques et de direction ;
  • Optimisation fiscale : la SEL est soumise à l’IS (arbitrage rémunération / dividendes) ;
  • Transmission facilitée par rapport à l’exercice individuel.
Bon à savoir : depuis le 1er janvier 2024 les rémunérations des associés de SEL au titre de leur activité libérale sont désormais imposées dans la catégorie des BNC, et non plus en traitements et salaires. Seule la rémunération liée aux fonctions de direction reste imposée selon l’article 62 du CGI.

Les statuts particuliers pour les freelances

Le statut de freelance

Le freelance n’est pas un statut juridique à proprement parler. C’est un mode d’exercice en toute indépendance, sans lien de subordination, qui peut s’incarner dans plusieurs formes juridiques.

  • La micro-entreprise : simple, idéale pour démarrer. Plafonnée à 83 600 € de CA (prestations de services en 2026), elle ne permet pas la déduction des charges réelles.
  • L’entreprise individuelle (EI) au régime réel : permet de déduire les charges réelles. Patrimoine professionnel et personnel séparés depuis 2022.
  • Une société (SASU, EURL) : plus de flexibilité fiscale, meilleure image, gestion administrative plus lourde.
  • Le portage salarial : voir ci-dessous.

Le portage salarial

Le portage salarial est une solution hybride permettant à un professionnel indépendant de travailler pour ses propres clients tout en bénéficiant du statut de salarié. C’est une relation tripartite encadrée par le Code du travail (ordonnance du 2 avril 2015 et convention collective du 22 mars 2017).

Dans le cadre du portage salarial, le professionnel négocie ses missions en toute autonomie. La société de portage facture le client, prélève ses frais de gestion (5 à 10 % du CA), verse les cotisations sociales et reverse le solde en salaire. Deux contrats coexistent : un contrat de travail (CDI ou CDD) et un contrat de prestation de services entre la société de portage et le client.

L’avantage principal reste le bénéfice d’une protection sociale complète (chômage, retraite, maladie). Viennent ensuite l’absence de gestion administrative, la liberté totale sur le choix des clients, l’accès au CPF et à la formation, ce qui est idéal pour tester une activité.

L’inconvénient majeur réside lui dans les frais de gestion, qui s’élèvent de 5 à 10 % du CA. Il y a un salaire minimum à atteindre, ce qui est particulièrement inadapté aux activités à faible valeur ajoutée. Egalement il n’y a pas de déduction de charges réelles.

Comment choisir entre ces différents statuts juridiques ?

Le choix du bon statut est une décision structurante qui engage responsabilité, fiscalité et protection sociale pour plusieurs années. Plusieurs critères doivent être analysés ensemble :

  • Nature de l’activité : commerciale, civile ou libérale réglementée ? Certains statuts sont réservés à des activités précises.
  • Niveau de responsabilité : quelle part de risque êtes-vous prêt à supporter sur votre patrimoine personnel ?
  • Fiscalité : IR ou IS ? Selon votre tranche d’imposition, l’un ou l’autre peut être plus avantageux.
  • Nombre d’associés : exercice solo, à deux ou à plusieurs ? Certains statuts exigent plusieurs associés.
  • Protection sociale : TNS ou assimilé-salarié ? Le portage salarial offre le régime général sans créer de société.
  • Perspectives de croissance : entrée d’investisseurs, transmission… anticipez l’avenir de votre structure.
Situation Statuts les plus adaptés
Professionnel libéral réglementé souhaitant exercer en société SELARL ou SELAS
Investissement immobilier en famille SCI
Libéraux partageant des locaux sans activité commune SCM
Exercice commun d’une profession libérale réglementée SCP
Associés en confiance totale, activité commerciale SNC
Freelance souhaitant une protection sociale sans créer de société Portage salarial
Avocats, notaires déjà en SARL ou SAS SEL obligatoire depuis sept. 2024

En conclusion, le paysage juridique français offre une palette très large de formes d’entreprise, bien au-delà des classiques SARL, SAS et micro-entreprise. Chaque statut répond à une logique précise : la SNC mise sur la confiance entre associés, la SCI protège le patrimoine immobilier, la SEL encadre les professions libérales dans un cadre modernisé depuis septembre 2024, et le portage salarial offre une solution hybride pour les freelances.

Le choix du statut est une décision structurante. Il est fortement recommandé de se faire accompagner par un expert-comptable ou un avocat spécialisé pour identifier la forme la mieux adaptée à votre projet, votre profil et vos objectifs.

FAQ

Quels statuts juridiques existent en dehors de la SARL et de la SAS ?

Au-delà de la SARL et de la SAS, vous trouverez :

  • SNC, SCA, SCS (sociétés commerciales) ;
  • SCI, SCP, SCM (sociétés civiles) ;
  • SELARL, SELAS, SELAFA, SELCA (professions libérales réglementées) ;
  • portage salarial (freelances sans société propre).

Quelles sont les particularités d’une SNC ?

La SNC est une société de personnes dans laquelle tous les associés ont la qualité de commerçant et répondent indéfiniment et solidairement des dettes sur leur patrimoine personnel. Les décisions importantes requièrent l’unanimité et toute cession de parts nécessite l’accord de tous les associés.

Dans quels cas créer une société civile plutôt qu’une société commerciale ?

La société civile est adaptée lorsque l’activité n’est pas commerciale par nature :

  • Gestion de patrimoine immobilier (SCI) ;
  • Exercice d’une profession libérale réglementée (SCP) ;
  • Mise en commun de moyens (SCM).

Une société civile accomplissant des actes de commerce à titre habituel pourrait être requalifiée.

Les professions libérales doivent-elles obligatoirement créer une SEL ?

Non, pas toutes. L’exercice en nom propre (EI, micro-entreprise) reste possible, tout comme la SCP. En revanche, depuis le 1er septembre 2024, les professions juridiques et judiciaires ne peuvent plus exercer en SARL ou SAS classique : la SEL est obligatoire (ordonnance n° 2023-77).

Peut-on exercer en freelance sans créer de société ?

Oui. La micro-entreprise et l’EI permettent d’exercer sans personnalité morale distincte. Le portage salarial offre également cette possibilité tout en conservant le statut de salarié.

Quelle est la différence entre portage salarial et statut d’indépendant ?

Un indépendant relève du régime TNS et assure lui-même sa gestion administrative, fiscale et sociale. En portage salarial, la société de portage gère tout et le consultant bénéficie du régime général (chômage inclus). La contrepartie est un prélèvement de 5 à 10 % du CA.

Quels critères permettent de choisir le statut le plus adapté ?

Les principaux critères sont les suivants :

  • Nature de l’activité ;
  • Niveau de risque sur le patrimoine personnel ;
  • Fiscalité souhaitée (IR ou IS) ;
  • Nombre d’associés ;
  • Protection sociale recherchée et perspectives de développement.

Samuel est co-fondateur de LegalPlace et responsable du contenu éditorial. L’ambition est de rendre accessible le savoir-faire juridique au plus grand nombre grâce à un contenu simple et de qualité. Samuel est diplômé de Supelec et de HEC Paris

Dernière mise à jour le 17/03/2026

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Samuel est co-fondateur de LegalPlace et responsable du contenu éditorial. L'ambition est de rendre accessible le savoir-faire juridique au plus grand nombre grâce à un contenu simple et de qualité. Samuel est diplômé de Supelec et de HEC Paris