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  • Le dépôt de bilan désigne la déclaration de cessation des paiements, c’est-à-dire le moment où l’entreprise ne peut plus payer ses dettes exigibles avec l’argent dont elle dispose.
  • Le dirigeant doit déposer cette déclaration dans un délai de 45 jours, auprès du tribunal de commerce, du tribunal judiciaire ou du tribunal des activités économiques.
  • Le tribunal ouvre ensuite une procédure collective : un redressement judiciaire si l’entreprise peut être sauvée, une liquidation judiciaire si sa situation est trop dégradée.
  • Un dépôt de bilan tardif expose le dirigeant à une interdiction de gérer.

Votre trésorerie ne suffit plus à régler vos factures, vos salaires ou vos cotisations, et la situation ne se rétablit pas. À ce stade, la loi vous impose une démarche précise : déclarer la cessation des paiements de votre entreprise, une formalité que l’on appelle couramment le dépôt de bilan. Cette déclaration ouvre une procédure collective destinée à protéger l’entreprise et ses créanciers. Comprendre son fonctionnement, son délai et ses effets vous aide à réagir au bon moment et à limiter les risques.

Qu’est-ce qu’un dépôt de bilan ?

Dépôt de bilan : définition

Le dépôt de bilan est l’expression courante de la déclaration de cessation des paiements. Il correspond au moment où une entreprise n’arrive plus à faire face à ses dettes arrivées à échéance avec les sommes dont elle dispose réellement. Cette déclaration est une obligation légale : le dirigeant doit la déposer auprès du tribunal, sous peine de sanctions.

Déposer le bilan ne signifie pas forcément que l’entreprise va fermer. Cette démarche déclenche l’ouverture d’une procédure collective (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire) dont l’objectif premier est de trouver une solution pour l’entreprise en difficulté et de protéger les intérêts de ses créanciers.

L’expression « dépôt de bilan » n’est pas un terme juridique. Les textes parlent de « déclaration de cessation des paiements ». Les deux désignent la même démarche.

Dépôt de bilan et cessation des paiements : quelle différence ?

Le dépôt de bilan et la cessation des paiements désignent exactement la même situation. La cessation des paiements est le terme officiel, employé par l’article L631-1 du Code de commerce. Le dépôt de bilan est le mot du langage courant.

Cette précision compte, car on confond souvent le dépôt de bilan avec la cessation d’activité. La cessation d’activité résulte d’une décision volontaire d’arrêter l’entreprise. La cessation des paiements, elle, traduit un état financier subi, indépendant de la volonté du dirigeant de continuer ou non.

Actif disponible et passif exigible : la condition clé

Une entreprise est en cessation des paiements lorsque son actif disponible ne suffit plus à couvrir son passif exigible. Ces deux notions déterminent à elles seules l’obligation de déposer le bilan.

L’actif disponible regroupe les sommes immédiatement mobilisables, comme la trésorerie sur les comptes bancaires, les liquidités en caisse et certaines réserves de crédit. Les biens que possède l’entreprise, comme un local ou du matériel, n’en font pas partie, car ils ne sont pas immédiatement transformables en argent.

Le passif exigible réunit les dettes arrivées à échéance dont les créanciers peuvent réclamer le paiement tout de suite. Pour être prises en compte, ces dettes doivent remplir plusieurs conditions :

  • Elles sont certaines, c’est-à-dire non contestées devant un tribunal ;
  • Elles sont liquides, donc d’un montant déterminé ;
  • Elles sont exigibles, sans délai de paiement ni report accordé par le créancier.
Une entreprise qui obtient des délais de paiement de ses fournisseurs ou qui dispose de réserves de crédit suffisantes n’est pas en cessation des paiements, même si sa trésorerie est tendue.

Qui doit déposer le bilan et dans quel délai ?

La déclaration incombe au dirigeant de la société. Il peut s’agir du gérant, du président ou du co-dirigeant selon la forme juridique. Pour une entreprise individuelle, cette responsabilité revient à l’entrepreneur individuel lui-même.

Le délai à respecter est de 45 jours à compter de la cessation des paiements. Passé ce délai, le dirigeant s’expose à des sanctions personnelles. Ce délai ne court pas si le dirigeant a demandé, dans le même temps, l’ouverture d’une procédure de conciliation.

Le point de départ du délai de 45 jours est la date réelle de cessation des paiements, pas le jour où vous décidez d’agir. Attendre en espérant un rebond de l’activité peut aggraver votre situation juridique.

Quelle est la procédure de dépôt de bilan ?

La procédure de dépôt de bilan suit trois grandes étapes, du dépôt de la déclaration jusqu’au jugement d’ouverture de la procédure collective :

  1. Le dépôt de la déclaration de cessation des paiements auprès du tribunal compétent ;
  2. L’examen du dossier par le tribunal ;
  3. L’ouverture de la procédure collective, redressement ou liquidation.

Elle est identique quelle que soit la forme de l’entreprise, qu’il s’agisse d’une SARL, d’une SAS ou d’une entreprise individuelle.

Étape 1 : déposer la déclaration de cessation des paiements

Le dirigeant remplit le formulaire Cerfa n° 10530 de déclaration de cessation des paiements, puis le dépose au greffe du tribunal compétent avec les pièces justificatives. Le tribunal dépend de la nature de l’activité. Pour une activité commerciale ou artisanale, la déclaration se dépose au tribunal de commerce. Pour une activité libérale ou agricole, elle relève du tribunal judiciaire.

Depuis le 1er janvier 2025, les tribunaux de douze villes ont été remplacés par des tribunaux des activités économiques (TAE) pour le traitement des procédures collectives. Les entreprises rattachées à ces juridictions déposent donc leur déclaration auprès du TAE.

Le ministère de la Justice met à disposition un simulateur en ligne pour identifier le tribunal compétent selon votre activité et votre localisation.

Étape 2 : l’examen du dossier par le tribunal

Le tribunal étudie la déclaration et les justificatifs transmis. Il peut convoquer le dirigeant pour mieux comprendre la situation de l’entreprise et lui demander des documents complémentaires. Le dirigeant peut se faire accompagner de son expert-comptable ou d’un avocat lors de cet échange.

À l’issue de cet examen, le tribunal fixe officiellement la date de cessation des paiements. Cette date détermine la « période suspecte », c’est-à-dire l’intervalle entre la cessation des paiements et le jugement d’ouverture. Certains actes passés pendant cette période, comme le paiement d’une dette non encore échue, peuvent être annulés. Sa durée est limitée à 18 mois.

Étape 3 : l’ouverture de la procédure collective

Une fois la cessation des paiements constatée, le tribunal ouvre une procédure collective. Il choisit la voie du redressement judiciaire lorsqu’un plan de sauvetage paraît réaliste, ou celle de la liquidation judiciaire quand les difficultés sont insurmontables.

Le dirigeant indique dans sa déclaration la procédure qu’il souhaite, mais la décision finale appartient au tribunal. Ce dernier peut ouvrir une période d’observation pour établir un diagnostic avant de trancher, et il désigne un mandataire judiciaire ou un liquidateur, assisté d’un juge-commissaire.

Quels documents fournir pour un dépôt de bilan ?

Le formulaire Cerfa n° 10530 constitue la pièce centrale du dossier. Il doit être accompagné de justificatifs qui permettent au tribunal d’évaluer précisément la situation de l’entreprise. Les principaux documents à joindre sont :

  • L’extrait d’immatriculation de l’entreprise au registre du commerce et des sociétés ou au registre national des entreprises ;
  • L’état de l’actif disponible et du passif exigible ;
  • Les comptes annuels du dernier exercice ;
  • Une situation de trésorerie récente ;
  • Le nombre de salariés et le montant du chiffre d’affaires du dernier exercice ;
  • Une copie de la pièce d’identité du représentant légal ;
  • Les statuts de l’entreprise et l’historique de leurs modifications.

Un dossier incomplet ou mal renseigné peut retarder son traitement.

Redressement ou liquidation judiciaire : quelles issues ?

Le dépôt de bilan ne débouche pas sur une seule issue. Tout dépend de la capacité de l’entreprise à se rétablir. Le redressement vise à sauver l’activité, la liquidation à y mettre fin en réglant les dettes :

Critère Redressement judiciaire Liquidation judiciaire
Objectif Sauver l’entreprise et maintenir l’activité Arrêter l’activité et vendre les actifs
Condition Un rétablissement paraît possible Le redressement est manifestement impossible
Effet sur l’activité Poursuite, sous surveillance d’un mandataire Cession des biens pour payer les créanciers
Rôle du dirigeant Il peut rester en poste, souvent assisté Il est dessaisi au profit du liquidateur
À la fin de la période d’observation d’un redressement, le tribunal peut arrêter un plan de continuation, prononcer la clôture de la procédure ou basculer vers la liquidation si la situation s’est dégradée.

Quelles sont les conséquences d’un dépôt de bilan ?

L’ouverture d’une procédure collective touche toutes les parties prenantes de l’entreprise. Ses effets varient selon la procédure retenue et selon la place de chacun dans la société.

Les conséquences du dépôt de bilan pour l’entreprise

Pour l’entreprise, les conséquences du dépôt de bilan dépendent de la procédure ouverte. En redressement judiciaire, l’entreprise poursuit son activité mais ne peut plus régler les dettes nées avant le jugement d’ouverture. En liquidation judiciaire, ses actifs sont vendus afin de permettre l’apurement du passif, c’est-à-dire le remboursement des créanciers avec le produit de la vente.

Les conséquences du dépôt de bilan pour le dirigeant

Le dirigeant peut se retrouver écarté de la gestion, au profit d’un administrateur ou d’un liquidateur judiciaire. Sa responsabilité peut aussi être recherchée si une faute de gestion a contribué aux difficultés.

Paul, gérant d’une petite SARL de menuiserie. Faute de trésorerie, il tarde à déclarer la cessation des paiements et continue de régler certains fournisseurs proches. Lors de la liquidation, le tribunal constate qu’il a favorisé ces créanciers au détriment des autres. Paul risque alors une interdiction de gérer, alors qu’une déclaration dans les temps aurait limité sa responsabilité.

Les conséquences du dépôt de bilan pour les associés

Les effets sur les associés dépendent de la forme juridique de l’entreprise. Dans les sociétés à responsabilité limitée, les associés ne perdent en principe que leurs apports. Dans les sociétés à responsabilité illimitée, ils peuvent être appelés à contribuer aux dettes sur leur patrimoine personnel.

Certaines situations exposent davantage les associés. C’est le cas lorsqu’ils se sont portés caution personnelle d’un emprunt de la société, ou lorsqu’ils n’ont pas versé le capital qu’ils s’étaient engagés à apporter.

Les conséquences du dépôt de bilan pour les créanciers

Les poursuites individuelles des créanciers sont suspendues dès l’ouverture de la procédure. Ils ne peuvent plus agir en justice de leur côté pour récupérer leur dû. Ils doivent déclarer leurs créances au mandataire judiciaire ou au liquidateur, dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture. Certains créanciers bénéficient d’un ordre de priorité pour être payés.

Les conséquences du dépôt de bilan pour les salariés

Les salariés figurent parmi les premiers protégés. Ils bénéficient d’un privilège qui donne la priorité au paiement de leurs salaires. Quand l’entreprise ne peut plus les payer, l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS) prend le relais.

Si la procédure aboutit à une liquidation, le liquidateur met fin à l’activité et procède au licenciement économique des salariés. Ces derniers conservent alors leurs droits aux allocations chômage.

Combien de temps et combien coûte un dépôt de bilan ?

La durée d’un dépôt de bilan varie fortement selon la complexité du dossier et la procédure ouverte. La déclaration elle-même se traite en quelques semaines, mais la procédure collective qui suit peut durer de plusieurs mois à plusieurs années. Une période d’observation en redressement dure généralement six mois, renouvelable. La période suspecte, elle, ne peut pas dépasser 18 mois.

Côté coût, le dépôt de la déclaration au greffe est peu onéreux en lui-même. Les frais réels viennent de la procédure comme la rémunération du mandataire ou du liquidateur, les honoraires éventuels d’un avocat, les frais de publication. Ces frais sont en principe prélevés sur les actifs de l’entreprise.

Un dirigeant assimilé salarié, comme le président de SAS, ne cotise pas à l’assurance chômage au titre de son mandat. Après un dépôt de bilan, il ne touche donc pas d’allocation chômage sur cette base, sauf s’il avait souscrit une assurance privée ou cumulait un contrat de travail distinct.

Quelles sanctions en cas de retard de dépôt de bilan ?

Un dépôt de bilan tardif peut coûter cher au dirigeant. La principale sanction est l’interdiction de gérer, prévue par l’article L653-8 du Code de commerce, qui empêche de diriger une entreprise pour une durée pouvant aller jusqu’à 15 ans.

Cette sanction n’est pas automatique. Le tribunal recherche si le dirigeant a volontairement tardé à déclarer la cessation des paiements, en toute connaissance de la situation. Un dirigeant qui n’avait pas conscience de l’état réel de sa trésorerie ne sera pas sanctionné. En revanche, celui qui poursuit son activité en sachant l’entreprise irrémédiablement compromise s’expose à l’interdiction de gérer, voire à des sanctions financières et pénales en cas de faute caractérisée.

Le dépôt de bilan est la déclaration obligatoire par laquelle un dirigeant signale que son entreprise ne peut plus payer ses dettes exigibles avec son actif disponible. Il dispose de 45 jours pour déposer le formulaire Cerfa n° 10530 auprès du tribunal de commerce, du tribunal judiciaire ou du tribunal des activités économiques. Le tribunal ouvre alors un redressement judiciaire si l’entreprise peut être sauvée, ou une liquidation judiciaire si ses difficultés sont insurmontables. Cette procédure affecte le dirigeant, les associés, les créanciers et les salariés, et un dépôt tardif expose le dirigeant à une interdiction de gérer.

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Xavier de Labarrière

Expert-comptable inscrit à l’Ordre Xavier est spécialisé dans l’accompagnement des petites entreprises et entreprises à forte croissance. Il a accompagné plus de 3000 entrepreneurs dans la création et gestion de leur entreprise en tant qu’expert comptable. Il est président de ComptaPlace, la filiale d’expertise comptable de LegalPlace.

Dernière mise à jour le 03/07/2026

FAQ

Quand doit-on faire une déclaration de dépôt de bilan ?

Dès que l’entreprise ne peut plus payer ses dettes exigibles avec son actif disponible, le dirigeant doit déposer sa déclaration dans les 45 jours suivant la cessation des paiements. Ce dépôt déclenche l’ouverture d’une procédure collective.

Quelle est la différence entre cessation des paiements et cessation d'activité ?

La cessation des paiements décrit un état financier : l’entreprise ne peut plus régler ses dettes. La cessation d’activité résulte d’une décision volontaire d’arrêter l’entreprise. On peut cesser son activité sans être en cessation des paiements, et inversement.

Qui paye les dettes en cas de liquidation judiciaire ?

Les actifs de l’entreprise sont vendus, et le produit de cette vente sert à rembourser les créanciers selon un ordre de priorité. Les dettes qui restent impayées après la vente ne sont généralement pas récupérables. Dans les sociétés à responsabilité illimitée, les associés peuvent toutefois être appelés à contribuer.

Dépôt de bilan : quelles conséquences pour le gérant de SARL ?

Le gérant d’une SARL ne perd en principe que ses apports, car sa responsabilité est limitée. Il peut cependant être poursuivi sur son patrimoine personnel s’il s’est porté caution ou s’il a commis une faute de gestion. Un dépôt de bilan tardif l’expose en plus à une interdiction de gérer.

Peut-on toucher le chômage après un dépôt de bilan ?

Les salariés licenciés à la suite d’un dépôt de bilan conservent leurs droits aux allocations chômage. Pour le dirigeant, cela dépend de son statut. Un dirigeant assimilé salarié ne cotise pas à l’assurance chômage au titre de son mandat, il ne perçoit donc pas d’allocation sur cette base.

Combien de temps dure un dépôt de bilan ?

La déclaration se traite en quelques semaines, mais la procédure collective qui suit peut durer de plusieurs mois à plusieurs années. Une période d’observation en redressement dure souvent six mois, et la période suspecte est plafonnée à 18 mois.

Le dépôt de bilan est-il payant ?

Le dépôt de la déclaration au greffe coûte peu. Les frais importants viennent de la procédure elle-même : rémunération du mandataire ou du liquidateur, honoraires d’avocat éventuels, frais de publication. Ils sont en principe prélevés sur les actifs de l’entreprise.

Quelle différence entre dépôt de bilan et liquidation ?

Le dépôt de bilan est la déclaration de cessation des paiements. La liquidation judiciaire est l’une des issues possibles de la procédure qu’il déclenche. Un dépôt de bilan peut aussi aboutir à un redressement judiciaire, qui vise à sauver l’entreprise plutôt qu’à la fermer.

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Rédigé par

Xavier de Labarrière

Expert-comptable inscrit à l'Ordre Xavier est spécialisé dans l'accompagnement des petites entreprises et entreprises à forte croissance. Il a accompagné plus de 3000 entrepreneurs dans la création et gestion de leur entreprise en tant qu'expert comptable. Il est président de ComptaPlace, la filiale d'expertise comptable de LegalPlace.