La clause de deadlock : comment débloquer une société paralysée par ses associés ?
Dernière mise à jour le 17/08/2026
- Qu’est-ce qu’une clause de deadlock ?
- Pourquoi prévoir une clause de deadlock dans votre société ?
- Où insérer la clause de deadlock ?
- Quels sont les mécanismes possibles d’une clause de deadlock ?
- Tableau comparatif des mécanismes de sortie de blocage entre associés
- Comment rédiger une clause de deadlock efficace ?
- Quelles erreurs éviter dans la rédaction d’une clause anti-deadlock ?
- Que faire en l’absence de clause de deadlock ?
- Combien coûte la mise en place d’une clause de deadlock ?
- La clause de deadlock organise à l’avance la sortie d’un blocage entre associés, avant que le conflit ne fige la société.
- La clause de deadlock n’est pas un dispositif légal. Il s’agit d’une clause insérée dans les statuts ou le pacte d’associés. Par conséquent, son efficacité repose sur la qualité de sa rédaction.
- Elle se place dans le pacte d’associés ou dans les statuts, et repose sur trois piliers : un déclencheur précis, une procédure chiffrée dans le temps, une méthode de calcul du prix.
- Sans clause de deadlock, il ne reste que la voie judiciaire pour résoudre un important litige entre les associés, avec un risque réel de dissolution de la société.
Vous êtes deux à la tête de votre société, chacun avec la moitié du capital. Tant que vous êtes d’accord, tout roule. Le jour où vous ne l’êtes plus, plus rien ne se décide. Les comptes ne sont pas approuvés, les décisions stratégiques restent en suspens, et l’entreprise s’enlise. La clause de deadlock existe pour éviter exactement ce scénario, à condition d’avoir été écrite avant que le conflit n’éclate.
Qu’est-ce qu’une clause de deadlock ?
Définition de la clause de deadlock
La clause de deadlock fixe par avance la marche à suivre lorsque les associés n’arrivent plus à décider ensemble. Elle définit ce qui déclenche la procédure, comment celle-ci se déroule, et à quel prix un associé rachète l’autre ou lui cède ses titres.
« Deadlock » signifie impasse en anglais. Vous rencontrerez aussi les appellations clause anti-deadlock, clause de blocage ou clause d’impasse. Elles désignent le même outil.
Ce type de clause repose entièrement sur la liberté contractuelle. Autrement dit, les associés écrivent eux-mêmes les règles du jeu, dans les limites de l’ordre public.
Qu’est-ce qu’une situation de deadlock ?
Une situation de deadlock se produit quand aucune majorité ne parvient pas à se dégager lors du vote en assemblée générale d’une décision qui engage la société. Les cas les plus courants sont les suivants :
- Le refus d’approbation des comptes annuels sur deux exercices consécutifs ;
- Le blocage de la nomination ou de la révocation d’un dirigeant ;
- L’opposition sur une levée de fonds, un investissement lourd ou un recrutement stratégique ;
- Le désaccord sur la distribution des bénéfices ;
- L’impossibilité de modifier les statuts, faute d’atteindre la majorité requise.
Un simple différend ne constitue pas un deadlock. Les juges exigent un désaccord durable, qui se répète et qui empêche la société de fonctionner normalement.
Quelles sociétés sont concernées par le risque de blocage entre associés ?
Le deadlock menace d’abord les sociétés dont le capital est réparti à parité. Créer une SAS à 2 associés 50/50 est une configuration très répandue chez les cofondateurs, et c’est aussi la plus exposée. La SARL détenue à parts égales par deux associés présente le même point faible, avec une difficulté supplémentaire liée à l’agrément des cessions de parts.
Les sociétés détenues par deux blocs d’égale importance sont également concernées, même si chaque bloc réunit plusieurs personnes. C’est le cas de la joint venture, où deux entreprises créent une filiale commune détenue à 50/50, et du pacte d’associés de SCI familiale partagée entre deux branches.
Une répartition à 51/49 ne met pas à l’abri. Les décisions extraordinaires exigent souvent une majorité des deux tiers, voire l’unanimité, ce qui redonne un droit de veto à l’associé minoritaire.
Pourquoi prévoir une clause de deadlock dans votre société ?
Un blocage prolongé entre associés ne reste jamais confiné à la salle de réunion. Il se voit très vite à l’extérieur de l’entreprise.
Les comptes non déposés au greffe alertent les partenaires. La banque durcit ses conditions ou refuse un financement. Les fournisseurs raccourcissent leurs délais de paiement. Les salariés perçoivent le climat et les meilleurs profils partent. Pendant ce temps, aucune décision d’investissement ne passe, l’entreprise ne se développe plus, et sa valeur baisse mécaniquement.
À cela s’ajoutent les frais du conflit lui-même. Avocats de chaque côté, expertise d’évaluation, procédure judiciaire. La facture atteint couramment plusieurs milliers d’euros, et elle est supportée par des associés qui, souvent, ne se parlent plus.
Julien et Sarah ont créé une agence de communication en SAS, avec un capital de 20 000 € réparti à parts égales. Trois ans plus tard, Julien veut ouvrir un second bureau à Lyon. Sarah estime que l’argent doit servir à recruter. Aucun des deux ne peut imposer sa position. Deux assemblées générales se tiennent sans qu’aucune résolution ne soit adoptée, les comptes du dernier exercice ne sont pas approuvés, et la banque suspend l’étude de leur demande de prêt. Leur pacte d’associés ne contient aucune clause de deadlock, ce qui les prive de toute procédure de sortie organisée.
Où insérer la clause de deadlock ?
Vous pouvez prévoir une clause de deadlock soit dans le pacte d’associés soit dans les statuts de la société.
La clause de deadlock dans le pacte d’associés
Le pacte d’associés est un contrat signé en dehors des statuts. Il reste confidentiel, il n’est pas déposé au greffe, et il se modifie par simple accord entre signataires. Cette souplesse en fait le support le plus utilisé pour organiser la sortie d’un blocage.
Sa limite tient à sa portée. Le pacte n’engage que ceux qui l’ont signé. Un nouvel associé qui entre au capital sans y adhérer n’est pas tenu par la clause de deadlock.
La clause de deadlock dans les statuts
Les statuts s’imposent à tous les associés, présents et futurs, ainsi qu’aux tiers. Une clause de deadlock statutaire est donc plus difficile à contourner. En contrepartie, elle est publique et sa modification suppose une assemblée générale extraordinaire, donc l’accord d’une majorité qualifiée.
L’article 1843-4 du Code civil permet de faire fixer la valeur des titres par un expert désigné en justice, mais son second alinéa vise uniquement les cessions prévues par les statuts. Une clause de deadlock logée dans un pacte d’associés ne bénéficie pas automatiquement de ce recours. Elle doit donc organiser elle-même la désignation d’un tiers évaluateur.
Clause de deadlock dans les statuts ou dans le pacte d’associé : le tableau comparatif
| Critère | Pacte d’associés | Statuts |
|---|---|---|
| Confidentialité | Oui, aucun dépôt au greffe | Non, document public |
| Personnes engagées | Uniquement les signataires | Tous les associés, présents et futurs |
| Modification | Accord des signataires, sans formalité | Assemblée générale extraordinaire et dépôt |
| Sanction du non-respect | Dommages et intérêts, exécution forcée | Nullité possible de l’acte irrégulier |
| Recours à l’expert de l’article 1843-4 | Non automatique | Oui |
Beaucoup de sociétés combinent pacte d’associés et statuts. Le principe du mécanisme de sortie figure dans les statuts, pour être opposable à tous, tandis que le détail de la procédure reste dans le pacte, pour rester confidentiel. Cette articulation rejoint celle qui existe entre le pacte d’associés et le pacte d’actionnaires, deux termes qui désignent le même contrat selon la forme de société.
Quels sont les mécanismes possibles d’une clause de deadlock ?
La voix prépondérante ou l’associé arbitre
La voix prépondérante empêche le blocage plutôt qu’elle ne le résout. Les statuts attribuent une voix double au président ou au gérant en cas de partage égal des voix. La décision passe, et personne ne sort du capital.
Une variante consiste à faire entrer au capital un tiers de confiance détenant une part symbolique, souvent 1 % ou moins, dont la voix départage les deux blocs. L’aménagement du droit de vote en SAS offre une grande liberté sur ce point, à condition de le prévoir dans les statuts.
La limite de la voix prépondérante est claire. Si le déséquilibre profite toujours au même associé, l’autre finit par le vivre comme une perte de pouvoir, et la mésentente s’installe malgré le déblocage formel des décisions.
La clause de médiation préalable
La clause de médiation préalable oblige les associés à rencontrer un médiateur avant de saisir le juge ou d’activer une procédure de rachat. Elle constitue le premier étage d’un dispositif anti-blocage bien construit.
Son efficacité juridique est réelle. Un associé qui saisirait le tribunal sans respecter cette étape se verrait opposer une fin de non-recevoir, et sa demande serait déclarée irrecevable. Une médiation aboutit généralement en quelques semaines, contre plusieurs mois pour une procédure contentieuse.
Le recours à un expert indépendant
L’expert indépendant est un tiers que les associés chargent de trancher un point précis, le plus souvent la valeur des titres. Il agit comme mandataire commun, et son estimation lie les parties.
Ce mécanisme ne résout pas le désaccord stratégique. Il fournit un chiffre objectif sur lequel s’appuyer, ce qui débloque la plupart des négociations de rachat. La valorisation d’entreprise est le point sur lequel les associés en conflit s’opposent le plus, chacun ayant intérêt à surévaluer ou sous-évaluer selon qu’il vend ou qu’il achète.
Les honoraires de l’expert sont libres. Ils se chiffrent en milliers d’euros et se partagent généralement entre les parties, selon une répartition que la clause doit fixer à l’avance.
La clause de buy or sell (ou clause shotgun)
La clause de buy or sell permet à un associé de proposer un prix par titre. L’autre associé choisit alors entre acheter la participation de l’initiateur à ce prix, ou lui vendre la sienne au même prix. Celui qui fixe le prix ne sait pas de quel côté il se retrouvera, ce qui l’incite à proposer une valeur honnête.
La Cour de cassation a validé ce mécanisme dans un arrêt du 12 février 2025. Elle a jugé que le prix reste déterminable au sens de la loi, précisément parce que l’initiateur s’expose lui-même à vendre au prix qu’il annonce. Le fonctionnement détaillé et les modalités de rédaction de la clause de buy or sell font l’objet d’un guide dédié.
La roulette russe et le texas shoot-out
La roulette russe et le texas shoot-out sont deux mécanismes de sortie de deadlock souvent confondus, alors qu’ils ne fonctionnent pas de la même façon.
La roulette russe reprend le principe du buy or sell. Une offre unique, un choix binaire pour l’autre associé. Les deux termes sont d’ailleurs employés comme synonymes dans la pratique française.
Le texas shoot-out repose sur des enchères. Chaque associé remet une offre sous pli scellé. Les plis sont ouverts simultanément, et celui qui a proposé le prix le plus élevé rachète les titres de l’autre à ce prix. Une variante, la dutch auction, inverse la logique en faisant descendre progressivement le prix jusqu’à ce qu’un associé se déclare acheteur.
Julien et Sarah détiennent chacun 50 % d’une SAS au capital de 20 000 €. Leur pacte prévoit un texas shoot-out. Chacun dépose une offre scellée pour racheter les 10 000 € de titres de l’autre. Julien propose 45 000 €, Sarah propose 38 000 €. Julien rachète donc la participation de Sarah pour 45 000 € et devient associé unique. Le texas shoot-out fait ainsi remonter le prix de sortie, puisque chaque associé formule sa propre offre sans connaître celle de l’autre.
Les promesses croisées d’achat et de vente
Les promesses croisées consistent, pour chaque associé, à consentir à l’autre une promesse de vendre ses titres et une promesse de les acheter, activables si le blocage survient. Le prix est fixé par une formule convenue à l’avance ou par un expert.
Ce mécanisme est le plus sûr sur le plan juridique. L’article 1124 du Code civil prévoit que la révocation de la promesse pendant le délai d’option n’empêche pas la formation du contrat promis. Un associé qui se rétracterait après avoir signé ne pourrait donc pas bloquer la vente, et le bénéficiaire peut lever l’option puis obtenir la cession en justice.
La clause d’exclusion
La clause d’exclusion permet de contraindre un associé à céder ses titres. En SAS, la loi du 19 juillet 2019 a simplifié son adoption, qui se fait désormais à la majorité prévue par les statuts et non plus à l’unanimité. Le Conseil constitutionnel a validé ce dispositif en 2023.
Une précision compte pour la rédaction. La Cour de cassation a jugé en mai 2024 que l’associé visé par une procédure d’exclusion conserve son droit de vote sur la résolution qui le concerne. Une clause d’exclusion qui l’en priverait serait écartée.
La clause d’exclusion suppose de définir des motifs objectifs. L’exclusion pour simple désaccord stratégique reste fragile devant un juge.
Tableau comparatif des mécanismes de sortie de blocage entre associés
Le choix du mécanisme dépend de votre situation, et surtout des capacités financières respectives des associés. Voici comment se comparent les huit dispositifs les plus utilisés dans les clauses de deadlock.
| Mécanisme | Comment ça marche | Avantage | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Voix prépondérante | Le dirigeant dispose d’une voix double en cas de partage | Aucun associé ne sort du capital | Crée un déséquilibre permanent de pouvoir |
| Médiation préalable | Rencontre obligatoire avec un médiateur avant toute action | Préserve la relation et coûte peu | Sans effet si la clause est imprécise |
| Expert indépendant | Un tiers fixe la valeur des titres | Donne un chiffre objectif et neutre | Ne tranche pas le désaccord de fond |
| Buy or sell (shotgun) | Un associé fixe un prix, l’autre achète ou vend à ce prix | Mécanisme rapide et auto-régulé | Avantage l’associé le plus fortuné |
| Roulette russe | Offre unique avec choix binaire pour le destinataire | Simple à déclencher | Même biais financier que le buy or sell |
| Texas shoot-out | Offres scellées, le plus offrant rachète | Fait remonter le prix de sortie | Procédure lourde à organiser |
| Promesses croisées | Options d’achat et de vente activables en cas de blocage | Exécution forcée possible en justice | Suppose une formule de prix verrouillée |
| Clause d’exclusion | Un associé est contraint de céder ses titres | Écarte l’associé à l’origine du blocage | Exige des motifs objectifs et un vote régulier |
Comment rédiger une clause de deadlock efficace ?
Une clause de deadlock ne vaut que par sa précision. Quatre points déterminent si elle fonctionnera le jour où le blocage surviendra.
Étape 1 : définir précisément le déclencheur
Une clause de deadlock qui s’active « en cas de désaccord » ne s’active jamais. Le déclencheur doit être vérifiable par un tiers, sans interprétation.
Retenez des critères objectifs. Deux assemblées générales successives sans adoption de la résolution en cause. Un délai de carence de 30 ou 60 jours après une notification écrite de désaccord. Le rejet d’une résolution figurant sur une liste de décisions énumérées dans la clause.
Dans son arrêt du 12 février 2025, la Cour de cassation a retenu un déclenchement fondé sur un désaccord grave et persistant, de nature à entraîner une paralysie du fonctionnement de la société. Reprenez cette formulation, mais complétez-la par des critères mesurables.
Étape 2 : organiser la procédure et les délais
La procédure doit être déroulée intégralement dans la clause, du premier courrier jusqu’au versement du dernier euro. Qui notifie, sous quelle forme, à quelle adresse. Combien de jours l’autre associé a pour répondre, 15 ou 30 jours selon la complexité. Ce qui se passe en cas de silence, qui vaut le plus souvent acceptation.
Fixez également la date de transfert de propriété des titres et l’échéancier de paiement. Un paiement en une fois à la signature protège le vendeur. À l’inverse, un échelonnement sur 12 ou 24 mois soulage la trésorerie de celui qui rachète.
Prévoyez enfin le sort des garanties personnelles. Un associé qui sort mais reste caution d’un prêt bancaire n’est pas réellement sorti de la société.
Étape 3 : prévoir une méthode de calcul du prix
La méthode de calcul du prix est le point qui fait tomber le plus grand nombre de clauses de deadlock. L’article 1591 du Code civil impose que le prix de vente soit déterminé ou déterminable. Une clause renvoyant à un « prix à convenir entre les parties » est donc inopérante.
Trois options tiennent la route. Une formule contractuelle, par exemple un multiple du résultat d’exploitation moyen des trois derniers exercices. Une méthode d’actif net réévalué. Ou la désignation d’un tiers évaluateur, avec ses modalités précises de nomination.
Étape 4 : sécuriser la sanction du non-respect
La clause doit prévoir ce qui arrive si un associé refuse d’exécuter. L’exécution forcée en nature reste possible devant le tribunal, et une clause pénale fixant une indemnité forfaitaire dissuade efficacement. Sachez toutefois que le juge peut réduire le montant de cette indemnité s’il le juge manifestement excessif.
Quelles erreurs éviter dans la rédaction d’une clause anti-deadlock ?
Les clauses anti-deadlock inefficaces se ressemblent toutes. Voici les défauts que l’on rencontre le plus souvent :
- Un déclencheur flou, qui oblige à saisir un juge pour savoir si la clause s’applique ;
- Un prix ni déterminé ni déterminable, qui rend le rachat impossible ;
- L’oubli de la clause d’agrément en SARL. Une cession de parts à un tiers requiert l’accord de la majorité des associés représentant au moins la moitié des parts sociales. Votre mécanisme de sortie peut donc buter sur un refus d’agrément, ce qu’aucune clause ne prévoit spontanément ;
- Un déséquilibre financier ignoré entre les associés, qui transforme le buy or sell en arme à sens unique ;
- Un délai de paiement irréaliste, qui met l’acheteur en défaut dès la première échéance ;
- Une inaliénabilité des actions supérieure à dix ans en SAS, alors que le Code de commerce plafonne cette durée.
Que faire en l’absence de clause de deadlock ?
Le blocage est déjà installé et aucune clause de deadlock n’a été prévue. Quatre voies se présentent alors, de la plus souple à la plus radicale.
Négocier ou faire appel à un médiateur
Même sans clause de médiation dans le pacte, rien n’empêche les associés de saisir un médiateur d’un commun accord. Une médiation aboutit en quelques semaines et coûte une fraction d’une procédure judiciaire. C’est la voie qui préserve le plus de valeur, et la plus souvent négligée.
Demander la désignation d’un mandataire ad hoc
Le président du tribunal de commerce peut nommer un mandataire ad hoc chargé d’une mission ponctuelle, par exemple convoquer une assemblée générale ou représenter un associé défaillant lors d’un vote. Les dirigeants restent en place et conservent leurs pouvoirs.
Le mandataire ad hoc convient aux blocages ciblés, portant sur une décision précise, plutôt qu’à une paralysie générale de la société.
Demander la nomination d’un administrateur provisoire
L’administrateur provisoire se substitue aux dirigeants et gère la société le temps que la crise se dénoue. Sa nomination suppose deux conditions cumulatives que les juges appliquent strictement. Le fonctionnement normal de la société doit être impossible, et un péril imminent doit menacer l’entreprise.
La demande se forme en référé devant le président du tribunal de commerce, ce qui permet d’obtenir une décision en quelques semaines. Un simple conflit de personnes, sans risque avéré pour l’entreprise, ne suffit pas à l’obtenir.
Demander la dissolution judiciaire pour justes motifs
L’article 1844-7 du Code civil autorise tout associé à demander au tribunal la dissolution de la société pour justes motifs, notamment en cas de mésentente paralysant son fonctionnement.
La barre est haute. La mésentente seule ne suffit jamais. Il faut démontrer que la société ne fonctionne plus. Un associé qui est lui-même à l’origine du blocage voit généralement sa demande rejetée. Les causes de dissolution d’entreprise obéissent chacune à des conditions distinctes, et celle-ci compte parmi les plus exigeantes.
Combien coûte la mise en place d’une clause de deadlock ?
Le coût d’une clause de deadlock dépend entièrement du support choisi pour rédiger votre pacte d’associés.
| Solution | Coût constaté | Ce que ça comprend |
|---|---|---|
| Modèle gratuit téléchargé en ligne | 0 € | Un document type à adapter seul, sans garantie de mise à jour |
| Plateforme juridique en ligne | 0 à 150 € HT | Un modèle personnalisable via un questionnaire, généré automatiquement |
| Avocat, pacte standard | 1 500 à 5 000 € HT | Rédaction sur mesure pour des cofondateurs alignés, clauses usuelles |
| Avocat, pacte complexe | 3 000 à 8 000 € HT | Entrée d’investisseurs, gouvernance détaillée, clauses financières |
Prix constatés en août 2026. Tarifs à destination de professionnels.
Le coût du pacte d’associés varie surtout selon le nombre de signataires et le degré de négociation entre eux.
La clause de deadlock est une assurance à faible coût contre un risque qui peut coûter votre entreprise. Elle n’a pas de définition légale, ce qui vous laisse libre de choisir votre mécanisme, mais vous oblige à la rédiger avec rigueur. Un déclencheur objectif, une procédure datée et une méthode de calcul du prix suffisent à la rendre opérante. Choisissez le mécanisme en fonction de votre situation réelle, en tenant compte des capacités financières de chacun. Et si le blocage est déjà installé sans clause, tentez la médiation avant d’envisager le juge, car la dissolution reste la sortie la plus destructrice.
Dernière mise à jour le 17/08/2026
FAQ
Qu'est-ce qu'une clause shotgun ?
La clause shotgun, aussi appelée clause de buy or sell, permet à un associé de proposer un prix par titre. L’autre associé choisit alors soit d’acheter à ce prix, soit de vendre au même prix. Celui qui fixe le prix ignore de quel côté il finira, ce qui le pousse à annoncer une valeur juste. La Cour de cassation a validé ce mécanisme le 12 février 2025.
Qu'est-ce qu'une clause de lock-up ?
La clause de lock-up interdit aux associés de céder leurs titres pendant une durée déterminée. Elle sert à stabiliser l’actionnariat après une levée de fonds ou pendant les premières années d’activité. En SAS, cette inaliénabilité ne peut pas dépasser dix ans.
C'est quoi une clause de préemption ?
La clause de préemption accorde aux associés en place une priorité de rachat quand l’un d’eux souhaite vendre ses titres. Le vendeur doit d’abord leur proposer sa participation avant de se tourner vers un tiers. La clause de préemption protège l’équilibre du capital contre l’entrée d’une personne non souhaitée.
Quelles sont les clauses interdites dans un pacte d'associés ?
Sont écartées les clauses léonines, qui attribuent à un associé la totalité des bénéfices ou l’exonèrent de toute participation aux pertes, en application de l’article 1844-1 du Code civil. Sont également prohibés les engagements perpétuels, ainsi que les clauses contraires à une règle d’ordre public du droit des sociétés, comme celle qui priverait un associé de son droit de vote sur sa propre exclusion.
La clause de deadlock est-elle obligatoire ?
La clause de deadlock n’est imposée par aucune loi. Elle devient toutefois très utile dès que la répartition du capital rend un blocage possible, en particulier dans les sociétés détenues à parité par deux associés ou deux groupes d’associés.
Que se passe-t-il si un associé refuse d'appliquer la clause de deadlock ?
L’associé qui subit le refus peut demander l’exécution forcée de la cession devant le tribunal, réclamer des dommages et intérêts, et actionner la clause pénale si le pacte en prévoit une. Lorsque la clause repose sur des promesses croisées, la rétractation du promettant n’empêche pas la vente de se former, en application de l’article 1124 du Code civil.
Comment sortir d'un blocage entre associés à 50/50 sans clause ?
Commencez par une médiation amiable, qui reste la voie la plus rapide et la moins coûteuse, avec un aboutissement en quelques semaines. Si elle échoue, vous pouvez demander en référé la nomination d’un mandataire ad hoc pour une décision ponctuelle, ou d’un administrateur provisoire si la société est en péril. La dissolution judiciaire n’intervient qu’en dernier recours.
Peut-on ajouter une clause de deadlock à un pacte d'associés déjà signé ?
Une clause de deadlock peut être ajoutée à tout moment par avenant au pacte, signé par l’ensemble des parties. C’est plus simple qu’une modification statutaire, qui suppose une assemblée générale extraordinaire et un dépôt au greffe. L’accord de tous les signataires reste toutefois nécessaire, ce qui devient difficile une fois le conflit déclaré.
La mésentente entre associés suffit-elle à obtenir la dissolution de la société ?
La mésentente seule ne suffit pas. Les juges exigent qu’elle entraîne une paralysie effective du fonctionnement de la société, comme le prévoit l’article 1844-7 du Code civil. Un climat conflictuel, même durable, ne suffit pas si les assemblées se tiennent et si les décisions sont prises. L’associé responsable du blocage voit par ailleurs sa demande généralement rejetée.
Sources de l'article
- Article 1124 du Code civil
- Article 1591 du Code civil
- Article 1843-4 du Code civil
- Article 1844-1 du Code civil
- Article 1844-7 du Code civil
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