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  • Le redressement judiciaire est une procédure collective réservée aux entreprises en cessation des paiements dont la situation peut encore être améliorée.
  • Le dirigeant doit saisir le tribunal au plus tard 45 jours après la cessation des paiements, mais un créancier ou le ministère public peut aussi demander l’ouverture du redressement judiciaire.
  • La période d’observation du redressement judiciaire dure 6 mois, renouvelable, sans jamais pouvoir dépasser 18 mois.
  • Le redressement judiciaire se termine par un plan de redressement de 10 ans maximum, par la cession de l’entreprise ou par sa liquidation judiciaire.

Votre trésorerie ne suffit plus à payer les factures, l’Urssaf relance et les échéances s’accumulent ? Le redressement judiciaire ne signe pas la fin de votre entreprise. Cette procédure, placée sous le contrôle du tribunal, gèle vos dettes et vous laisse le temps de bâtir une solution de sortie. Encore faut-il savoir quand la demander, à qui, avec quel dossier, et ce qui se passe ensuite. Ces questions se posent vite, car la loi ne laisse que 45 jours au dirigeant pour agir. Explications.

Qu’est-ce que le redressement judiciaire d’une entreprise ?

Le redressement judiciaire permet à une entreprise qui ne peut plus payer ses dettes de continuer à travailler sous le contrôle du tribunal, le temps de réorganiser sa situation. L’article L631-1 du Code de commerce lui fixe trois objectifs :

  • Poursuivre l’activité ;
  • Maintenir les emplois ;
  • Organiser l’apurement du passif, c’est-à-dire le règlement des dettes selon un calendrier validé par le tribunal.

Le redressement judiciaire fait partie des procédures collectives. Ce terme désigne les procédures qui traitent tous les créanciers ensemble, selon des règles communes, au lieu de laisser chacun poursuivre l’entreprise de son côté.

Sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire : quelles différences ?

Parmi les procédures collectives, le redressement judiciaire occupe une place intermédiaire. La procédure de sauvegarde intervient plus tôt, avant que l’entreprise ne cesse ses paiements, alors que la liquidation judiciaire intervient quand l’entreprise ne peut plus être sauvée et conduit à sa fermeture. Le redressement, lui, part du principe que l’entreprise a encore un avenir.

Ce qu’on appelle couramment « déposer le bilan » correspond, en droit, à la déclaration de cessation des paiements. Le dépôt de bilan ne signifie donc pas forcément la fermeture de l’entreprise. Selon sa situation, le tribunal ouvre un redressement judiciaire ou, si plus aucun redressement n’est possible, une liquidation judiciaire.
Critère Sauvegarde Redressement judiciaire Liquidation judiciaire
Cessation des paiements Non Oui Oui
Situation de l’entreprise Difficultés qu’elle ne peut pas surmonter seule Redressement encore possible Redressement manifestement impossible
Qui peut demander l’ouverture Le dirigeant uniquement Dirigeant, créancier ou ministère public Dirigeant, créancier ou ministère public
Demande obligatoire Non Oui, dans les 45 jours Oui, dans les 45 jours
Période d’observation 12 mois maximum 18 mois maximum Aucune
Issue recherchée Plan de sauvegarde Plan de redressement ou cession Vente des actifs et fermeture

La sauvegarde est la seule procédure collective que le dirigeant choisit librement, à condition d’agir avant la cessation des paiements. Une fois celle-ci constatée, seuls le redressement et la liquidation judiciaire restent possibles. Avant d’en arriver là, il existe aussi des aides pour les entreprises en difficulté financière.

Quelles entreprises peuvent être placées en redressement judiciaire ?

Les entreprises concernées par la procédure

Le redressement judiciaire est ouvert à presque toutes les formes d’activité professionnelle. Il concerne notamment :

  • Les commerçants et les artisans ;
  • Les agriculteurs ;
  • Les professions libérales, y compris réglementées (avocats, médecins, architectes…), et plus largement tous les professionnels indépendants ;
  • Les micro-entrepreneurs ;
  • Les sociétés commerciales et civiles (SARL, SAS, SCI…), les associations et, plus généralement, toutes les personnes morales de droit privé.
Pour un entrepreneur individuel, le redressement judiciaire ne vise que le patrimoine professionnel. Depuis la loi du 14 février 2022, ses biens personnels sont en principe séparés de ceux de son activité et restent hors de la procédure.

Le redressement judiciaire reste possible après l’arrêt de l’activité, si les dettes viennent de cette activité. En revanche, une entreprise déjà engagée dans une procédure collective ou dans l’exécution d’un plan ne peut pas faire l’objet d’un nouveau redressement judiciaire tant que ce plan est en cours.

Les conditions pour ouvrir un redressement judiciaire

Le tribunal ouvre un redressement judiciaire quand deux conditions sont réunies :

  • L’entreprise est en cessation des paiements ;
  • Sa situation n’est pas irrémédiablement compromise, autrement dit un redressement reste envisageable.

La cessation des paiements correspond à l’impossibilité de faire face au passif exigible avec l’actif disponible. Le passif exigible regroupe les dettes arrivées à échéance, que les créanciers peuvent réclamer tout de suite. L’actif disponible regroupe ce que l’entreprise peut mobiliser immédiatement, comme l’argent sur ses comptes. Un local, un véhicule ou des factures clients pas encore réglées n’en font pas partie, car ils ne se transforment pas en argent du jour au lendemain.

Karim dirige une SARL de menuiserie. Fin mars, il doit 38 000 € de loyers, de cotisations Urssaf et de factures fournisseurs, toutes arrivées à échéance. Son compte bancaire n’affiche que 9 000 €. Son atelier et ses machines valent bien plus, mais il ne peut pas les vendre en quelques jours. Avec 9 000 € d’actif disponible face à 38 000 € de passif exigible, sa SARL se trouve en cessation des paiements.

Une situation irrémédiablement compromise distingue le redressement judiciaire de la liquidation judiciaire. Si le tribunal estime que l’entreprise n’a plus aucune perspective (activité arrêtée, pertes importantes sans solution de financement…), il prononce directement la liquidation judiciaire au lieu d’ouvrir un redressement.

Une entreprise qui obtient des délais de ses créanciers ou une ligne de crédit de sa banque n’est pas en cessation des paiements, dès lors que ces moratoires ou ces réserves de crédit lui permettent de payer ses dettes exigibles. Elle ne peut donc pas être placée en redressement judiciaire.

Comment demander l’ouverture d’un redressement judiciaire ?

Qui peut saisir le tribunal, et dans quel délai ?

Dans la plupart des cas, c’est le dirigeant qui demande l’ouverture du redressement judiciaire, et d’ailleurs la loi l’y oblige. En effet, l’article L631-4 du Code de commerce lui impose d’agir au plus tard dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements. Il en est dispensé s’il a demandé, dans ce délai, l’ouverture d’une conciliation, c’est-à-dire une procédure amiable de négociation avec les créanciers.

Deux autres acteurs peuvent saisir le tribunal pour demander un redressement judiciaire, à condition qu’aucune conciliation ne soit en cours :

  • Un créancier, quelle que soit la nature de sa créance (Urssaf, fournisseur, bailleur…), par une assignation, c’est-à-dire un acte qui convoque l’entreprise devant le tribunal ;
  • Le ministère public, c’est-à-dire le procureur de la République, par une requête adressée au tribunal.

Depuis une décision du Conseil constitutionnel de 2012, le tribunal ne peut plus ouvrir un redressement judiciaire de sa propre initiative.

Le dirigeant qui laisse passer le délai de 45 jours sans demander l’ouverture d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire s’expose à une interdiction de gérer, c’est-à-dire à l’interdiction de diriger une entreprise pendant une durée fixée par le tribunal. Attendre aggrave aussi les dettes et réduit les chances de sauver l’entreprise.

Quel tribunal est compétent pour l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire ?

Le tribunal compétent pour un redressement judiciaire dépend de la nature de l’activité. Une entreprise commerciale ou artisanale s’adresse au tribunal de commerce. Une profession libérale, une association ou une société civile relève du tribunal judiciaire. Dans les deux cas, c’est le tribunal du lieu du siège social qui est compétent.

Depuis le 1er janvier 2025, une expérimentation confie les procédures collectives à des tribunaux des activités économiques (TAE), à la place du tribunal de commerce et du tribunal judiciaire, dans 12 villes : Auxerre, Avignon, Le Havre, Le Mans, Limoges, Lyon, Marseille, Nancy, Nanterre, Paris, Saint-Brieuc et Versailles. Ces TAE traitent les redressements judiciaires des entreprises de leur ressort, y compris ceux des professions libérales, sauf pour certaines professions du droit (avocats, notaires, commissaires de justice…). L’expérimentation doit durer jusqu’au 31 décembre 2028.

Pour lever le doute, le ministère de la Justice propose un simulateur en ligne qui indique le tribunal compétent pour connaître du redressement judiciaire de votre entreprise.

Le dossier de demande de redressement judiciaire et le Cerfa 10530*02

La demande d’ouverture d’un redressement judiciaire se fait avec le formulaire Cerfa n°10530*02, appelé déclaration de cessation des paiements. Ce formulaire sert aussi bien pour un redressement que pour une liquidation judiciaire. Le dirigeant y joint :

  • Un extrait Kbis ou une attestation d’immatriculation au registre national des entreprises (RNE) ;
  • L’état du passif exigible et de l’actif disponible ;
  • Le nombre de salariés et le chiffre d’affaires du dernier exercice ;
  • L’état chiffré des créances et des dettes, avec le nom et l’adresse des créanciers ;
  • L’état des sûretés (hypothèques, nantissements, cautions) et des engagements hors bilan ;
  • Un inventaire sommaire des biens de l’entreprise ;
  • Les comptes annuels du dernier exercice ;
  • Une situation de trésorerie datant de moins d’un mois ;
  • Une attestation sur l’honneur indiquant qu’aucun mandat ad hoc ni aucune conciliation n’a eu lieu dans les 18 derniers mois.

Selon les cas, le dirigeant ajoute au dossier la liste des associés tenus personnellement des dettes de la société (dans une SNC, par exemple) ou le nom de l’ordre professionnel dont il relève. Le dossier de demande se dépose en deux exemplaires au greffe du tribunal, ou en ligne sur le site Tribunal digital.

Comment se déroule la procédure de redressement judiciaire ?

La procédure de redressement judiciaire suit quatre grandes étapes après le dépôt de la demande d’ouverture au greffe :

  1. L’audience, au cours de laquelle le tribunal entend le dirigeant et les représentants des salariés ;
  2. Le jugement d’ouverture, qui désigne les intervenants et ouvre la période d’observation ;
  3. La période d’observation, pendant laquelle l’entreprise continue de fonctionner et prépare un plan ;
  4. La décision finale du tribunal (plan de redressement, cession ou liquidation).

L’audience et le jugement d’ouverture

Avant d’ouvrir un redressement judiciaire, le tribunal entend le dirigeant et les représentants du comité social et économique (CSE), s’il en existe un. Il peut aussi entendre toute personne utile, comme le commissaire aux comptes de la société.

Le tribunal rend ensuite un jugement d’ouverture si les conditions du redressement judiciaire sont réunies. Ce jugement fixe la date de cessation des paiements, que le tribunal peut ensuite reporter en arrière, sans remonter plus de 18 mois avant le jugement. Cette date compte, car elle marque le début de la période suspecte. Pendant cette période, certains actes passés par l’entreprise peuvent être annulés, par exemple un paiement de faveur à un créancier ou la vente d’un bien à prix bradé.

Le greffe notifie le jugement d’ouverture du redressement judiciaire à l’entreprise dans les 8 jours. Il le rend ensuite public par une mention au RCS ou au RNE, un avis au BODACC et une annonce légale.

Les intervenants désignés par le tribunal

Le jugement d’ouverture du redressement judiciaire nomme les acteurs qui vont suivre l’entreprise jusqu’à la fin de la procédure :

  • Le juge-commissaire, un juge du tribunal qui veille au bon déroulement de la procédure et autorise certains actes ;
  • Le mandataire judiciaire, qui représente l’ensemble des créanciers et reçoit leurs déclarations de créances ;
  • L’administrateur judiciaire, qui assiste le dirigeant dans la gestion ou la prend en charge, selon la mission fixée par le tribunal ;
  • Un commissaire de justice ou un commissaire-priseur, chargé de l’inventaire et de l’estimation des biens.

Le tribunal peut se dispenser de nommer un administrateur judiciaire quand l’entreprise compte moins de 20 salariés et réalise moins de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires hors taxes. Au-dessus de ces seuils, la nomination est obligatoire. Le CSE, ou à défaut les salariés, désigne aussi un représentant des salariés.

La période d’observation en redressement judiciaire

La période d’observation est le cœur du redressement judiciaire. Elle dure 6 mois au maximum, renouvelable une fois pour 6 mois. À la demande du procureur de la République, le tribunal peut la prolonger à titre exceptionnel de 6 mois supplémentaires. Elle ne peut donc jamais dépasser 18 mois.

Pendant la période d’observation, l’entreprise continue de travailler. L’administrateur judiciaire, ou le dirigeant s’il n’y en a pas, dresse un bilan économique et social de l’entreprise. Ce diagnostic sert à préparer un projet de plan de redressement.

Le premier point d’étape de la période d’observation intervient au plus tard 2 mois après le jugement d’ouverture. Le tribunal vérifie alors que l’entreprise a les moyens de financer la poursuite de son activité. Si ce n’est pas le cas, il peut prononcer la liquidation. Il peut d’ailleurs le faire à tout moment de la période d’observation si le redressement devient manifestement impossible, ou n’ordonner que l’arrêt d’une partie de l’activité.

Dans les grandes entreprises en redressement judiciaire (plus de 250 salariés et 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, ou plus de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires), les créanciers sont répartis en « classes de parties affectées » qui votent sur le projet de plan. Pour les structures plus petites, ce mécanisme reste facultatif.

Quels sont les effets du redressement judiciaire pendant la procédure ?

Le jugement d’ouverture du redressement judiciaire change immédiatement le fonctionnement de l’entreprise. Ses principaux effets sont les suivants :

  • Le dirigeant d’une société en redressement judiciaire reste en place et conserve sa rémunération, sauf décision contraire du juge-commissaire. Il ne peut céder ses parts ou ses actions que dans les conditions fixées par le tribunal ;
  • Les dettes nées avant le jugement sont gelées. L’entreprise n’a plus le droit de les payer, les créanciers ne peuvent plus la poursuivre et les intérêts cessent de courir. Chaque créancier doit déclarer sa créance au mandataire judiciaire dans les 2 mois qui suivent la publication du jugement au BODACC ;
  • Les contrats en cours continuent, qu’il s’agisse des contrats de travail, des contrats fournisseurs ou du bail commercial. L’administrateur peut toutefois mettre fin à ceux qui ne sont pas nécessaires à l’activité ;
  • L’AGS, le régime de garantie des salaires, avance les salaires impayés quand l’entreprise ne peut plus les verser. En 2026, cette garantie est plafonnée entre 64 080 € et 96 120 € par salarié selon son ancienneté ;
  • Les licenciements économiques pendant la période d’observation ne sont possibles que s’ils sont urgents, inévitables et indispensables, avec l’accord du juge-commissaire ;
  • Les cautions personnes physiques, souvent le dirigeant lui-même, ne peuvent pas être poursuivies pendant la période d’observation.

Les conséquences du redressement judiciaire diffèrent selon que l’on est dirigeant, salarié ou créancier, et chacune de ces règles comporte des exceptions.

Quelles sont les issues d’un redressement judiciaire ?

À la fin de la période d’observation d’un redressement judiciaire, le tribunal choisit entre plusieurs issues. Dans de rares cas, l’entreprise a retrouvé assez de fonds pour payer ses créanciers et les frais de procédure, et le tribunal clôture simplement le redressement. Le plus souvent, il adopte un plan de redressement, ordonne une cession ou prononce la liquidation.

Le plan de redressement (ou plan de continuation)

Le plan de redressement permet à l’entreprise de poursuivre son activité tout en remboursant ses dettes de façon étalée. Le tribunal ne l’adopte que s’il existe une possibilité sérieuse de redressement. Selon l’article L626-12 du Code de commerce, sa durée ne peut pas dépasser 10 ans, ou 15 ans pour une exploitation agricole.

Le plan de redressement précise notamment les modalités de paiement des dettes, les délais et remises acceptés par les créanciers, les éventuels licenciements et les perspectives d’emploi. Il peut aussi prévoir l’arrêt de certaines activités, une modification des statuts ou une augmentation de capital. À la demande du ministère public, le tribunal peut même exiger le remplacement des dirigeants lorsque le redressement le requiert.

Pendant toute la durée du plan de redressement, un commissaire à l’exécution du plan veille au respect des engagements. Si l’entreprise se retrouve de nouveau en cessation des paiements pendant le plan, le tribunal met fin au plan et ouvre une liquidation judiciaire.

Sophie dirige une SAS de transport de 8 salariés. Au jour du jugement d’ouverture, sa société doit 120 000 € à ses créanciers. Après 9 mois de période d’observation, le tribunal adopte un plan sur 8 ans. La SAS rembourse ses dettes par échéances annuelles, conserve ses camions et ses salariés, et poursuit ses tournées. Sophie reste aux commandes de son entreprise, qui fonctionne désormais sous plan de continuation.

La cession totale ou partielle de l’entreprise

La cession de l’entreprise en redressement judiciaire intervient quand aucun plan ne permet de la redresser. L’administrateur demande alors au tribunal d’ordonner une cession, totale ou partielle, et des repreneurs déposent des offres. Le tribunal retient celle qui garantit le mieux le maintien de l’activité et des emplois, ainsi que le paiement des créanciers grâce au prix de cession. L’activité continue sous l’autorité d’un nouveau propriétaire, mais le prix obtenu ne suffit pas toujours à régler toutes les dettes.

La liquidation judiciaire

Quand le redressement de l’entreprise s’avère impossible, le tribunal prononce la liquidation judiciaire. L’activité s’arrête, un liquidateur vend les biens de l’entreprise pour payer les créanciers dans l’ordre prévu par la loi, puis la société disparaît. La liquidation peut intervenir à la fin de la période d’observation, à tout moment pendant celle-ci, ou plus tard si le plan de redressement échoue.

Redressement judiciaire : durée et coût de la procédure

Combien de temps dure un redressement judiciaire ?

Un redressement judiciaire s’étale généralement sur plusieurs années, car la durée du plan s’ajoute à celle de la période d’observation. Les principaux délais de la procédure sont les suivants :

Étape Délai légal Point de départ
Demande d’ouverture par le dirigeant 45 jours maximum Cessation des paiements
Notification du jugement à l’entreprise 8 jours Jugement d’ouverture
Vérification de la capacité de financement 2 mois maximum Jugement d’ouverture
Déclaration des créances 2 mois (4 mois pour les créanciers établis hors de France métropolitaine, pour une procédure ouverte en métropole) Publication au BODACC
Période d’observation 6 mois, jusqu’à 18 mois maximum Jugement d’ouverture
Plan de redressement 10 ans maximum (15 ans en agriculture) Jugement arrêtant le plan

Au-delà des délais légaux, la durée réelle d’un redressement judiciaire dépend de la taille de l’entreprise, du nombre de créanciers et de la charge du tribunal.

Combien coûte une procédure de redressement judiciaire ?

Une procédure de redressement judiciaire n’a pas de prix unique. Son coût dépend surtout de la taille de l’entreprise et de la durée de la procédure.

Les frais du redressement judiciaire restent à la charge de l’entreprise. Ils comprennent d’abord la rémunération du mandataire judiciaire et, s’il y en a un, de l’administrateur judiciaire. Cette rémunération suit un barème réglementé qui tient compte du nombre de salariés, du chiffre d’affaires et des missions réalisées. S’y ajoutent des frais de greffe pour les actes et formalités de la procédure. Une petite entreprise sans administrateur supporte donc des frais plus limités qu’une PME de plusieurs dizaines de salariés.

Le redressement judiciaire s’adresse aux entreprises en cessation des paiements qui ont encore une chance de s’en sortir. Le dirigeant doit saisir le tribunal dans les 45 jours, avec le Cerfa 10530*02 et les pièces justificatives, sous peine de sanctions. Le jugement d’ouverture gèle les dettes, nomme un mandataire judiciaire et parfois un administrateur, puis ouvre une période d’observation de 18 mois au plus. Pendant ce temps, l’entreprise continue de travailler et prépare son avenir. La procédure aboutit à un plan de redressement de 10 ans maximum, à une cession ou, si rien ne fonctionne, à une liquidation judiciaire.

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Mehdi Ouchallal

Co-fondateur LegalPlace, Mehdi est diplômé du magistère DJCE et avocat. Il a exercé plus de 12 ans au sein de cabinets anglo-saxons et français en droit des sociétés, fusions-acquisition et capital investissement.

Dernière mise à jour le 19/10/2026

FAQ

Qui peut placer une entreprise en redressement judiciaire ?

Seul le tribunal peut ouvrir un redressement judiciaire. Il s’agit du tribunal de commerce, du tribunal judiciaire ou, dans 12 villes, du tribunal des activités économiques. Il est saisi par le dirigeant, qui doit agir dans les 45 jours suivant la cessation des paiements, par un créancier au moyen d’une assignation, ou par le ministère public. Le tribunal ne peut plus ouvrir la procédure de lui-même.

Une entreprise en redressement judiciaire peut-elle continuer son activité ?

Oui, une entreprise en redressement judiciaire continue son activité, c’est même l’objectif de la procédure. Pendant la période d’observation, qui dure 18 mois au plus, l’entreprise continue de servir ses clients et de payer ses dépenses courantes. Les contrats en cours se poursuivent et le dirigeant reste en fonction. Le tribunal peut toutefois ordonner l’arrêt d’une partie de l’activité, ou prononcer la liquidation si le redressement devient impossible.

Comment savoir si une entreprise est en redressement judiciaire ?

Le jugement d’ouverture d’un redressement judiciaire est publié au BODACC, que l’on peut consulter gratuitement sur bodacc.fr avec le nom ou le numéro SIREN de l’entreprise. La procédure est aussi mentionnée au registre du commerce et des sociétés, donc sur l’extrait Kbis. Les créanciers connus sont par ailleurs informés par le mandataire judiciaire.

Qui paie les salaires en cas de redressement judiciaire ?

Une entreprise en redressement judiciaire continue de verser les salaires tant qu’elle en a les moyens. Si elle ne peut plus payer, le mandataire judiciaire fait appel à l’AGS, le régime de garantie des salaires, qui avance les sommes dues. Cette avance est plafonnée, entre 64 080 € et 96 120 € par salarié en 2026 selon son ancienneté.

Qui peut présenter un plan de redressement ?

L’administrateur judiciaire prépare le projet de plan de redressement avec le concours du dirigeant. Quand aucun administrateur n’a été nommé, le dirigeant élabore lui-même le projet, avec l’aide éventuelle du mandataire judiciaire. Dans les entreprises où les créanciers sont répartis en classes de parties affectées, chaque partie peut aussi proposer son propre plan. Le tribunal décide ensuite de l’adopter ou non.

Peut-on changer de dirigeant pendant un plan de redressement ?

Oui, une entreprise qui exécute un plan de redressement peut en principe changer de dirigeant selon les règles prévues par ses statuts, car le plan engage l’entreprise et non la personne qui la dirige. Le tribunal peut même imposer ce changement. Lorsque le redressement le requiert, il peut, à la demande du ministère public, subordonner l’adoption du plan au remplacement d’un ou plusieurs dirigeants. Cette possibilité ne s’applique pas aux professions libérales réglementées.

Une micro-entreprise peut-elle être placée en redressement judiciaire ?

Oui, un micro-entrepreneur peut bénéficier d’un redressement judiciaire comme n’importe quelle entreprise, s’il est en cessation des paiements. La procédure ne porte alors que sur son patrimoine professionnel. Il dépose sa demande au tribunal de commerce s’il exerce une activité commerciale ou artisanale, et au tribunal judiciaire s’il exerce une activité libérale.

Que se passe-t-il si l'entreprise ne respecte pas son plan de redressement ?

Si une entreprise ne respecte pas son plan de redressement, le tribunal peut y mettre fin. On parle de résolution du plan. Lorsque l’entreprise se retrouve en cessation des paiements pendant l’exécution du plan, le tribunal prononce cette résolution et ouvre une liquidation judiciaire. Pour un entrepreneur individuel qui remplit certaines conditions, il peut ouvrir à la place une procédure de rétablissement professionnel, une procédure simplifiée qui permet d’effacer ses dettes professionnelles.

Sources de l'article

10 Commentaires
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Est-ce qu’un dirigeant d’un camping faisant l’objet d’un redressement judiciaire est tenu d’informer les propriétaires de mobile home?

Bonjour, L’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire fait l’objet de mesures de publicité légale, notamment d’une inscription et d’une publication officielle, de sorte que la situation devient accessible aux tiers. Il n’existe pas, à proprement parler, d’obligation générale pour le dirigeant d’informer personnellement et individuellement chaque propriétaire de mobil-home de l’ouverture de la procédure. En revanche, les personnes ayant une créance à faire valoir sont concernées par les règles de déclaration des créances, et le sort des contrats en cours (comme les contrats de location d’emplacement) relève des décisions prises dans le cadre de la procédure, souvent avec l’intervention d’un… Lire la suite »

Est qu’une liquidation peut être prononcée avant la fin du délai fixé du plan de redressement?

Bonjour, En principe il est possible qu’une procédure de liquidation judiciaire soit prononcée avant le terme initialement fixé pour le plan de redressement. Si l’entreprise n’est plus en mesure d’honorer les échéances prévues par le plan ou si elle se retrouve en état de cessation des paiements durant l’exécution de celui-ci, le tribunal peut décider d’y mettre fin. Dans ce cas, le juge prononce la résolution du plan de redressement et ouvre simultanément une procédure de liquidation judiciaire pour organiser la clôture de l’activité. Nous vous invitons à prendre contact avec un avocat spécialisé, qui saura vous renseigner davantage. En… Lire la suite »

Bonjour
comment cela se passe-t-il pour les salariés en arrêt maladie avec subrogation ?

Bonjour,

Nous ne sommes pas certains d’avoir compris votre question. Pouvez-vous nous expliquer avec plus de précisions votre demande ?

L’équipe LegalPlace

Bonjour,
je suis en arrêt depuis plus d’un an, mon employeur me versait les IJSS (subrogation) et la prévoyance.
dans le cadre d’un redressement judiciaire acté le 11/02/2025 comment cela se passe-t-il pour le salaire des salariés en arrêt maladie ?

Bonjour,

Votre situation est complexe et nécessite l’avis d’un professionnel.
Nous vous invitons à prendre contact avec un avocat spécialisé, qui saura vous renseigner.

En vous souhaitant une belle journée,
L’équipe LegalPlace

Bonjour,
Peut-on changer de dirigeant pendant la période durant laquelle est appliqué le plan de continuité de l’activité ?
Merci.

Bonjour,

Dans une telle situation, il est recommandé de consulter le mandataire ou l’administrateur judiciaire s’il en a été désigné un par le tribunal de commerce.
En vous souhaitant une agréable journée.
L’équipe LegalPlace

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Rédigé par

Mehdi Ouchallal

Co-fondateur LegalPlace, Mehdi est diplômé du magistère DJCE et avocat. Il a exercé plus de 12 ans au sein de cabinets anglo-saxons et français en droit des sociétés, fusions-acquisition et capital investissement.

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