Achat-revente en SCI : est-ce possible et dans quelles conditions ?
Dernière mise à jour le 12/10/2026
- Une société civile peut-elle acheter pour revendre ?
- SCI achat revente : quand bascule-t-on dans l’activité de marchand de biens ?
- SCI achat revente : quels risques en cas de requalification ?
- SCI achat revente : comment est imposée la plus-value ?
- SCI achat revente ou société commerciale : quelle structure choisir ?
- SCI achat revente : comment sécuriser sa SCI face au risque de requalification ?
- L’objet civil d’une SCI interdit d’avoir des opérations habituelles d’achat et de revente d’immeubles.
- La revente ponctuelle d’un bien par une SCI reste possible lorsqu’elle s’inscrit dans la gestion de son patrimoine.
- Le fisc requalifie la SCI en marchand de biens lorsque les opérations sont habituelles et réalisées dans une intention spéculative, ce qui entraîne l’impôt sur les sociétés à 15 % puis 25 %, la TVA immobilière et des rappels d’impôt.
- Pour un projet d’achat-revente régulier, une société commerciale (SAS, SARL) est une forme juridique plus adaptée que la SCI, avec des droits d’acquisition réduits à 0,715 %.
Le montage SCI achat-revente séduit de nombreux investisseurs. Pourtant, parmi les différents types de SCI, la SCI classique, qui a un objet civil, ne peut pas acheter des biens dans le seul but de les revendre avec profit. En effet, une activité régulière d’achat-revente relève du marchand de biens et entraîne l’impôt sur les sociétés, la TVA immobilière et un risque de redressement. En revanche, votre SCI peut céder un bien de façon ponctuelle.
Une société civile peut-elle acheter pour revendre ?
Non, une SCI ne peut pas faire de l’achat-revente son activité. En revanche, une SCI peut tout à fait vendre un bien qu’elle possède, à condition que cette vente reste ponctuelle et s’inscrive dans la gestion de son patrimoine. La frontière entre ces deux situations dépend de l’objet civil de la société, fixé par le Code civil, et de la manière dont l’administration fiscale apprécie la fréquence et la finalité des ventes.
SCI achat revente : ce qui est autorisé par la loi
La société civile immobilière sert à acquérir, gérer et louer des biens immobiliers. L’article 1845 du Code civil lui donne un caractère civil. Son activité doit donc consister à gérer un patrimoine dans la durée : les biens sont conservés, loués ou occupés par les associés, et non achetés pour réaliser une plus-value. Ce caractère la soumet au Code civil, et ses litiges relèvent du tribunal judiciaire. Le Code de commerce, lui, classe parmi les actes de commerce tout achat d’immeuble en vue de sa revente (article L110-1). Une SCI qui fait de l’achat-revente son activité habituelle sort donc du cadre fixé par la loi, même si une vente occasionnelle reste possible.
L’objet social de la SCI délimite concrètement ce que la société a le droit de faire. Il vise en général l’acquisition, l’administration et la location d’immeubles. À l’inverse, une clause prévoyant l’achat de biens « en vue de leur revente » exposerait la SCI à une requalification dès sa création.
SCI achat revente : la revente ponctuelle d’un bien reste possible
Vendre un bien n’est pas interdit à une SCI, et aucun texte n’impose de durée minimale de détention avant une revente. Ce qui pose problème, c’est la répétition des opérations et la recherche d’un profit rapide. Une SCI peut ainsi céder un bien dans plusieurs situations courantes :
- Arbitrage du patrimoine, par exemple pour remplacer un logement vieillissant par un bien plus rentable ;
- Revente d’un bien après plusieurs années de location effective ;
- Besoin de trésorerie pour rembourser un emprunt ou financer des travaux sur un autre immeuble ;
- Départ d’un associé ou partage entre héritiers ;
- Dissolution de la SCI et liquidation de ses biens.
SCI achat revente : quand bascule-t-on dans l’activité de marchand de biens ?
Une SCI bascule dans l’activité de marchand de biens lorsqu’elle achète des immeubles de manière habituelle, avec l’intention de les revendre. L’article 35 du Code général des impôts soumet en effet ces opérations aux bénéfices industriels et commerciaux (BIC) dès que ces deux critères, l’habitude et l’intention spéculative, sont réunis.
SCI achat revente et critère de l’habitude
Le critère de l’habitude, pour une SCI, se mesure à la répétition des opérations d’achat et de revente dans le temps. L’administration et le juge regardent l’ensemble de l’activité de la SCI, et pas seulement une vente isolée. Plusieurs indices reviennent souvent lors des contrôles :
- Le nombre d’achats et de ventes réalisés en quelques années ;
- Le délai court entre l’achat et la revente ;
- La découpe d’un immeuble en lots vendus séparément ;
- La faiblesse ou l’absence de revenus locatifs.
L’activité personnelle des associés d’une SCI peut aussi être examinée par l’administration fiscale. Si le gérant ou un associé majoritaire réalise déjà des opérations d’achat-revente en son nom, cet élément pèse dans l’analyse du critère de l’habitude.
SCI achat revente et intention spéculative
L’intention spéculative d’une SCI correspond à la volonté de réaliser un profit grâce à la revente d’un bien. Elle s’apprécie au moment de l’achat, et non au moment de la vente. Ainsi, une SCI qui revend un bien après un événement imprévu (départ d’un associé, travaux imposés, baisse des loyers) peut démontrer qu’elle ne l’avait pas acheté pour le revendre.
Plusieurs éléments révèlent au contraire qu’une SCI a acheté un bien pour le revendre dès l’origine. C’est le cas d’un plan de financement fondé sur le prix de revente, d’un bien jamais proposé à la location ou d’une mise en vente lancée juste après la fin des travaux.
SCI achat revente : quels risques en cas de requalification ?
Une SCI requalifiée en marchand de biens perd le régime fiscal des sociétés civiles. Elle devient redevable de l’impôt sur les sociétés, au taux de 15 % puis 25 %, et, selon les biens vendus, de la TVA immobilière. Des rappels d’impôt portent alors sur les années que l’administration peut encore contrôler, avec intérêts de retard et majorations.
SCI achat revente requalifiée en marchand de biens : passage à l’IS et tolérance des 10 %
L’article 206 du Code général des impôts soumet à l’impôt sur les sociétés (IS) les sociétés civiles qui réalisent des opérations commerciales. La SCI requalifiée est alors imposée à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice si elle remplit les conditions du taux réduit, puis à 25 % au-delà. De leur côté, les associés perdent la transparence fiscale, c’est-à-dire l’imposition des bénéfices directement à leur nom, et avec elle le régime des plus-values des particuliers.
L’administration fiscale admet une tolérance de 10 % pour les sociétés civiles. Une société civile échappe à l’IS lorsque ses recettes commerciales ne dépassent pas 10 % de ses recettes totales hors taxes. Dans une décision du 23 décembre 2025, le Conseil d’État a précisé que ce seuil s’apprécie année par année. Une SCI qui dépasse les 10 % une année peut donc revenir à l’IR l’année suivante, si ses recettes commerciales repassent sous le seuil.
La tolérance des 10 % protège surtout les SCI dont l’activité commerciale reste accessoire. Une SCI dont les recettes proviennent principalement de reventes dépasse de toute façon ce seuil.
SCI achat revente requalifiée : TVA, redressement et responsabilité des associés
La requalification d’une SCI en marchand de biens entraîne, au-delà de l’IS, d’autres conséquences financières :
- La TVA devient due sur la revente des immeubles neufs (achevés depuis moins de 5 ans), y compris après des travaux qui remettent l’immeuble à l’état neuf, ainsi que sur les terrains à bâtir ;
- Les rappels d’impôt portent sur les années que l’administration peut encore contrôler, avec intérêts de retard et majorations ;
- Les droits d’acquisition réduits des marchands de biens ne s’appliquent pas aux achats passés, faute d’engagement de revendre pris lors de l’acquisition ;
- La comptabilité et les déclarations doivent être reprises selon les règles des BIC.
Les dettes fiscales nées de la requalification pèsent ensuite sur les associés de la SCI, car la responsabilité des associés de SCI est indéfinie. Si la SCI ne peut pas payer, chacun répond de ses dettes sur son patrimoine personnel, à proportion de sa part dans le capital.
SCI achat revente : comment est imposée la plus-value ?
La plus-value réalisée lors d’une vente d’immeuble par une SCI est imposée selon le régime fiscal de la société. Une SCI à l’IR relève du régime des particuliers, soit 19 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, avec des abattements pour durée de détention. Une SCI à l’IS est imposée à 15 % ou 25 % sur une plus-value professionnelle, sans abattement.
SCI achat revente à l’IR : le régime des plus-values des particuliers
Dans une SCI à l’IR, chaque associé est imposé sur sa quote-part de la plus-value en SCI. Le taux atteint 19 % au titre de l’impôt sur le revenu, auquel s’ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux. Contrairement à d’autres revenus du capital, les plus-values immobilières n’ont pas été concernées par la hausse des prélèvements sociaux votée pour 2026.
Les abattements pour durée de détention réduisent la plus-value imposable d’une SCI à l’IR à partir de la sixième année. Le tableau ci-dessous les détaille.
| Durée de détention | Abattement pour l’impôt sur le revenu | Abattement pour les prélèvements sociaux |
|---|---|---|
| Moins de 6 ans | Aucun | Aucun |
| De la 6e à la 21e année | 6 % par an | 1,65 % par an |
| 22e année | 4 % (exonération totale) | 1,60 % |
| De la 23e à la 30e année | Exonération | 9 % par an |
| Au-delà de 30 ans | Exonération | Exonération |
La plus-value d’une SCI à l’IR est ainsi exonérée d’impôt sur le revenu après 22 ans de détention, et de prélèvements sociaux après 30 ans. Par ailleurs, une surtaxe de 2 % à 6 % s’applique lorsque la plus-value imposable dépasse 50 000 € par associé.
SCI achat revente à l’IS : une plus-value professionnelle sans abattement
Dans une SCI à l’IS, la plus-value correspond à la différence entre le prix de vente et la valeur nette comptable du bien, c’est-à-dire son prix d’achat diminué des amortissements déduits chaque année. Plus la SCI a amorti le bien, plus la plus-value taxable augmente. Aucun abattement pour durée de détention ne s’applique.
La plus-value d’une SCI à l’IS s’ajoute au résultat de la société et supporte l’IS à 15 % ou 25 %. Puis, si la SCI distribue ce bénéfice, les associés perçoivent des dividendes, qui sont à nouveau imposés à leur niveau.
SCI achat revente ou société commerciale : quelle structure choisir ?
Pour faire de l’achat-revente de manière régulière, il faut passer par une société commerciale, le plus souvent une SAS, une SASU, une SARL ou une EURL. La SCI reste, quant à elle, adaptée à la détention et à la location de biens sur le long terme.
| Critère | SCI à l’IR | SCI à l’IS | Société de marchand de biens (SAS, SARL) |
|---|---|---|---|
| Achat-revente habituel | Interdit | Interdit | Autorisé |
| Imposition des bénéfices | IR des associés | IS à 15 % puis 25 % | IS à 15 % puis 25 % |
| Abattement pour durée de détention | Oui | Non | Non |
| Droits d’acquisition | 6,32 % dans la plupart des départements | 6,32 % dans la plupart des départements | 0,715 % avec engagement de revendre sous 5 ans |
| TVA sur les reventes | En principe non | En principe non | Oui, selon le type de bien |
| Responsabilité des associés | Indéfinie | Indéfinie | Limitée aux apports |
Le choix entre SAS ou SARL pour une activité de marchand de biens dépend du nombre d’associés et du statut social souhaité pour le dirigeant. Pour un projet mené seul, la SASU marchand de biens est la forme la plus courante.
Les avantages d’une société de marchand de biens face à une SCI d’achat-revente
Le premier avantage d’une société de marchand de biens concerne les frais d’acquisition. L’article 1115 du Code général des impôts permet à un acheteur assujetti à la TVA, qui s’engage à revendre le bien dans les 5 ans, de payer une taxe réduite de 0,715 %. Une SCI paie au contraire les droits de mutation classiques, c’est-à-dire la part des « frais de notaire » reversée aux collectivités, soit 6,32 % dans la majorité des départements. Sur un achat de 300 000 €, l’écart dépasse 16 000 €. Si le bien n’est pas revendu dans le délai, la société doit en revanche payer le complément de droits, avec des intérêts de retard.
La société de marchand de biens peut aussi appliquer la TVA sur marge lorsque l’achat initial n’a pas ouvert droit à déduction. La TVA porte alors sur la différence entre le prix de vente et le prix d’achat, et non sur le prix total. Enfin, la responsabilité des associés d’une SAS ou d’une SARL reste limitée à leurs apports, ce qui protège leur patrimoine personnel.
SCI achat revente, SCCV et micro-entreprise : les autres pistes
La SCCV et la micro-entreprise sont souvent envisagées pour un projet d’achat-revente immobilier, avec des limites précises. La SCI de construction-vente, ou SCCV, permet de construire un immeuble pour le vendre en totalité ou par lots. Elle convient donc aux programmes de promotion immobilière, mais pas au rachat et à la revente de biens existants.
La micro-entreprise ne permet pas d’exercer l’activité de marchand de biens, qui figure parmi les activités exclues de la micro-entreprise. Un entrepreneur individuel peut l’exercer au régime réel d’imposition. Pour autant, la société commerciale reste la solution la plus utilisée pour l’achat-revente immobilier.
Citation de Mehdi Ouchallal : « Le piège, c’est de vouloir tout faire porter par une seule structure. Garder la SCI pour les biens loués et loger les opérations de revente dans une société à part permet de séparer clairement les deux activités. Le jour d’un contrôle, chaque structure raconte une histoire cohérente. »
SCI achat revente : comment sécuriser sa SCI face au risque de requalification ?
Le moyen le plus sûr d’éviter la requalification d’une SCI en marchand de biens consiste à lui garder son rôle de gestion patrimoniale, et à pouvoir le prouver en cas de contrôle. Quelques réflexes limitent nettement le risque :
- Rédiger un objet social centré sur l’acquisition, la gestion et la location des biens ;
- Mettre les biens en location et conserver les baux, quittances et déclarations de revenus fonciers ;
- Garder les biens plusieurs années avant toute revente ;
- Documenter le motif de chaque vente (départ d’un associé, travaux, financement d’un autre achat) ;
- Tenir une comptabilité et des procès-verbaux d’assemblée qui reflètent ces décisions ;
- Interroger l’administration par un rescrit fiscal en cas de doute sur une opération précise.
Le rescrit fiscal permet à une SCI d’obtenir une prise de position écrite de l’administration sur une opération précise. L’administration ne peut ensuite pas remettre en cause sa réponse, à condition que la situation décrite soit exacte et complète.
Dernière mise à jour le 12/10/2026
FAQ
Combien de biens une SCI peut-elle revendre sans être requalifiée ?
Aucun seuil légal ne fixe le nombre de biens qu’une SCI peut revendre. L’administration apprécie chaque situation selon la fréquence des ventes, le délai de détention, la mise en location effective et l’intention au moment de l’achat. Ainsi, une SCI qui revend un bien tous les dix ans après l’avoir loué ne court pas le même risque qu’une SCI qui enchaîne deux reventes en un an.
Une SCI peut-elle acheter un bien, faire des travaux puis le revendre ?
Une SCI peut acheter un bien, réaliser des travaux puis le revendre, à condition que l’opération reste isolée. Elle attire toutefois l’attention du fisc si la revente intervient peu après les travaux et sans location. Répétée, elle caractérise souvent une activité de marchand de biens. Par ailleurs, des travaux qui remettent l’immeuble à l’état neuf peuvent rendre la revente imposable à la TVA.
Une SCI à l'IS peut-elle faire de l'achat-revente ?
Non, une SCI à l’IS ne peut pas faire d’achat-revente habituel. L’option pour l’IS change la fiscalité de la SCI, mais pas son caractère civil. Une SCI à l’IS qui achète et revend des biens de manière habituelle reste exposée à la requalification en marchand de biens, avec les mêmes conséquences en matière de TVA. Elle n’a pas accès non plus au taux réduit de 0,715 % sur les achats.
Comment récupérer l'argent de la vente d'un bien en SCI ?
Le prix de vente d’un bien détenu en SCI revient d’abord à la société, qui rembourse en priorité l’emprunt éventuel. Les associés récupèrent ensuite les sommes par le remboursement de leurs comptes courants d’associés, puis par une distribution décidée en assemblée générale. Dans une SCI à l’IS, cette distribution prend la forme de dividendes imposables. Une réduction de capital ou une dissolution sont d’autres options.
Peut-on faire de l'achat-revente immobilier en micro-entreprise ?
Non, l’activité de marchand de biens est exclue du régime de la micro-entreprise. Un entrepreneur individuel peut l’exercer au régime réel d’imposition. Toutefois, la création d’une société commerciale reste la solution la plus utilisée pour ce type de projet.
Une SCI peut-elle bénéficier des frais de notaire réduits du marchand de biens ?
Non, une SCI ne bénéficie pas en principe du taux réduit de 0,715 % réservé aux marchands de biens. Ce taux suppose d’acheter en tant que professionnel assujetti à la TVA et de s’engager à revendre le bien dans les 5 ans. Une SCI de gestion patrimoniale paie donc les droits de mutation classiques, détaillés dans le calcul des frais de notaire pour une SCI.
Sources de l'article
- Article 1845 du Code civil
- Article 1857 du Code civil
- Article L110-1 du Code de commerce
- Article 35 du Code général des impôts
- Article 50-0 du Code général des impôts
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